Six ans après une attaque meurtrière qui a profondément marqué la société brésilienne, la plus haute juridiction du pays vient de rendre sa décision. Cinq individus ont été reconnus coupables d’avoir orchestré l’élimination d’une élue locale et de son chauffeur, écopant de très lourdes peines de privation de liberté.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la Cour suprême du Brésil a condamné à l’unanimité cinq hommes accusés d’avoir planifié l’assassinat en 2018 de Marielle Franco, conseillère municipale et militante des droits humains, ainsi que de son chauffeur Anderson Gomes. Les peines prononcées par la juridiction s’étalent de neuf à soixante-seize ans de réclusion.
Au moment des faits, Marielle Franco, âgée de 38 ans, effectuait sa première année de mandat sous les couleurs du Parti socialisme et liberté. Issue des favelas de Rio de Janeiro, elle s’était fait connaître par son engagement en faveur des minorités et ses dénonciations régulières des violences policières, ainsi que des appropriations illicites de terres impliquant des autorités locales.
Le jugement de la Cour suprême établit que l’ancien député Chiquinho Brazão et son frère Domingos Brazão, conseiller à la Cour des comptes de l’État de Rio, ont commandité ce double meurtre pour stopper les actions de l’élue contre l’accaparement illégal des terres. Les deux frères, qui tiraient profit de la captation de terres publiques pour des développements privés et figuraient parmi les politiciens les plus influents de la ville, ont chacun été condamnés à 76 ans de prison.
Trois autres coaccusés ont également été sanctionnés lors de cette audience. Robson Calixto Fonseca, assistant des frères Brazão, a écopé de neuf ans pour association de malfaiteurs. L’ancien enquêteur de police Rivaldo Barbosa a été condamné à 18 ans de réclusion pour corruption passive et entrave à la justice. Enfin, le policier Ronald Paulo Alves Pereira s’est vu infliger une peine de 56 ans pour meurtre et tentative de meurtre. L’ensemble des condamnés a nié toute responsabilité dans cette affaire.
L’avancée décisive de l’enquête a reposé sur les informations fournies par les deux exécutants directs de l’attaque au volant, les anciens policiers Ronnie Lessa et Elcio Queiroz. Arrêtés en 2019 et condamnés respectivement à 78 et 59 ans de prison en octobre dernier, ils ont conclu des accords de plaidoyer ayant permis de remonter jusqu’aux commanditaires. Lors de l’audience, le juge Alexandre de Moraes a qualifié ces assassinats de « modus operandi de milice », exécutés dans le but de préserver des gains financiers et un pouvoir politique.