Un verdict retentissant vient clore un chapitre majeur du scandale d’espionnage qui a ébranlé la classe politique et médiatique grecque. Mercredi, le tribunal correctionnel d’Athènes a condamné quatre individus, dont deux hauts responsables israéliens de la société de cybersurveillance Intellexa, à de lourdes peines pour leur rôle central dans le déploiement du logiciel espion Predator.
Surnommée le « Watergate grec » par la presse locale, l’affaire avait éclaté en 2022, révélant la mise sur écoute illégale de dizaines de politiciens, journalistes, hommes d’affaires et militaires. Le scandale avait été mis au jour suite aux plaintes du chef de l’opposition socialiste, Nikos Androulakis, et du journaliste d’investigation Thanasis Koukakis, qui avaient découvert que leurs téléphones avaient été infectés par ce puissant logiciel malveillant.
Les quatre accusés ont été reconnus coupables de « violation de la confidentialité des communications téléphoniques », d’« accès illégal à un système d’information » et de « falsification d’un système de données personnelles de manière répétée ». Parmi les condamnés figure Tal Dilian, ancien officier du renseignement israélien et fondateur d’Intellexa, la société qui commercialisait Predator en Grèce. Son associé et deux anciens cadres grecs de l’entreprise ont également été condamnés.
Le tribunal a prononcé des peines cumulées s’élevant à 126 ans et huit mois, dont huit années de prison ferme. Cependant, les quatre hommes, qui n’étaient pas présents lors de l’énoncé du verdict, resteront en liberté en attendant le procès en appel immédiatement demandé par leur défense.
Ce scandale met en lumière les dérives liées à des logiciels comme Predator, capable non seulement d’exfiltrer l’intégralité des données d’un smartphone (messages, photos), mais aussi d’en activer le micro et la caméra à l’insu de son propriétaire. Selon l’autorité indépendante pour la protection de la vie privée dans les télécommunications (ADAE), plus de 90 personnes auraient été ciblées en Grèce.
L’affaire avait provoqué une crise politique majeure, forçant la démission de proches collaborateurs du Premier ministre conservateur Kyriakos Mitsotakis, notamment son chef de cabinet et le directeur des services de renseignement nationaux (EYP). Si le gouvernement a reconnu avoir légalement surveillé M. Androulakis, il a toujours fermement nié toute implication dans l’utilisation du logiciel illégal Predator. M. Mitsotakis avait par la suite survécu à une motion de censure déposée au Parlement.