À Londres, un groupe de militants pro-palestiniens, récemment libérés sous caution après une longue grève de la faim, prépare une riposte légale. Incarcérés pendant plusieurs mois, ces membres du collectif Palestine Action ciblent désormais l’administration pénitentiaire britannique pour les conditions de leur détention.
Lors d’une conférence de presse tenue ce mercredi, quatre de ces militants ont détaillé les séquelles physiques et psychologiques de leur passage en prison. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la militante Lisa Minerva Luxx a confirmé que le groupe engage des poursuites judiciaires contre les établissements pénitentiaires pour « négligence médicale ».
Ces jeunes activistes avaient été placés en détention provisoire pendant 15 mois à la suite d’une action menée en août 2024 contre l’usine d’armement Elbit Systems UK, située près de Bristol. Entre novembre et janvier, huit d’entre eux ont observé une grève de la faim pour protester contre leurs conditions d’incarcération et la classification de leur organisation.
Heba Muraisi, âgée de 31 ans, a refusé de s’alimenter pendant 73 jours. Elle affirme souffrir aujourd’hui de troubles neurologiques et d’une perte importante de cheveux. Durant sa détention, elle indique avoir subi des agressions physiques, des placements réguliers à l’isolement et la confiscation de son keffieh. Transférée dans une prison du nord de l’Angleterre, loin de sa famille, elle précise n’avoir reçu des vitamines qu’au bout de 30 jours de grève de la faim, sans apport d’électrolytes.
Les témoignages des autres membres du groupe corroborent ces allégations de mauvais traitements. Qesser Zuhrah, 21 ans, décrit un régime d’isolement strict et des violences physiques de la part des gardiennes. Après près de 50 jours sans nourriture, elle affirme avoir été laissée paralysée sur le sol de sa cellule pendant 22 heures en raison d’une fonte musculaire.
De son côté, Kamran Ahmed, 28 ans, rapporte avoir été menotté à un agent de manière excessivement serrée lors de ses douches à l’hôpital, lui laissant des marques durables. Teuta Hoxha, 30 ans, qui a perdu 20 % de son poids corporel lors de sa seconde grève de la faim, souligne que des gardiens auraient menacé d’autres détenus de lourdes peines s’ils prononçaient l’expression « Palestine libre ».
Le groupe a mis fin à son mouvement de protestation après que le Royaume-Uni a refusé un contrat de formation militaire à Elbit Systems UK. En février, la Haute Cour a jugé illégale la décision du gouvernement de classer Palestine Action comme groupe terroriste, permettant la libération sous caution de vingt-trois membres du collectif. Le ministère de l’Intérieur a toutefois obtenu l’autorisation de faire appel de cette décision, avec une audience prévue en avril.
Contacté par Al Jazeera, le ministère britannique de la Justice a rejeté les accusations des militants, niant tout mauvais traitement à l’encontre des prisonniers durant leur grève de la faim.