La publication aux États-Unis de milliers de documents judiciaires liés à l’affaire Jeffrey Epstein continue de produire des ondes de choc bien au-delà des frontières américaines. Si plusieurs personnalités internationales ont été citées dans ces archives massives, c’est en Europe du Nord que la situation a pris une tournure judiciaire concrète cette semaine. Les autorités d’Oslo ont ouvert une procédure formelle visant des sommets de l’État, plongeant la classe politique et la famille royale dans une zone de turbulences inédite.
Les documents, rendus publics en vertu d’une loi sur la transparence signée par Donald Trump, ont mis en lumière des connexions insoupçonnées entre le financier déchu et l’élite norvégienne. Jeudi dernier, la police a officiellement ouvert une enquête criminelle à l’encontre de Thorbjorn Jagland, figure historique du Parti travailliste et ancien Premier ministre du pays.
Selon les informations relayées par notre source Al Jazeera, l’homme politique de 75 ans est soupçonné de « corruption aggravée ». Les enquêteurs cherchent à déterminer si M. Jagland a bénéficié de cadeaux, de prêts ou d’autres avantages de la part de Jeffrey Epstein. Ces faits présumés remonteraient à la période où il occupait des fonctions stratégiques internationales, notamment en tant que Secrétaire général du Conseil de l’Europe et président du Comité Nobel norvégien.
Pal K. Lonseth, chef de l’unité spéciale de la police chargée des crimes économiques (Okokrim), a indiqué que les éléments révélés dans les fichiers fournissent « une base pour enquêter sur l’existence d’infractions pénales ». Bien que M. Jagland bénéficie d’une immunité liée à ses anciennes fonctions au Conseil de l’Europe, la police norvégienne a d’ores et déjà demandé la levée de cette protection.
Par la voix de son avocat, l’ancien dirigeant a catégoriquement nié toute malversation, affirmant qu’il n’y avait « aucun doute » sur l’absence de transfert d’avantages. Il a toutefois reconnu par le passé que ses contacts avec le financier avaient été « imprudents ».
Au-delà de l’exécutif, la monarchie elle-même se retrouve exposée. Les fichiers déclassifiés contiennent des échanges de courriels entre la princesse héritière Mette-Marit et Jeffrey Epstein. Ces correspondances, étalées sur plusieurs années, révèlent une tonalité familière. Dans un message de 2012, la princesse demandait notamment conseil au financier concernant des choix de décoration intérieure singuliers. Dans une déclaration officielle, la future reine a exprimé ses regrets, qualifiant ces contacts de « tout simplement embarrassants » et reconnaissant ne pas avoir assez enquêté sur le passé de son interlocuteur.
Cette tempête médiatique touche également Borge Brende, ancien ministre des Affaires étrangères et actuel président du Forum économique mondial (WEF). Les documents attestent de plusieurs dîners d’affaires et d’échanges privés avec Epstein. Le WEF a annoncé qu’un comité de risque examinerait ces communications, tandis que M. Brende assure que ses interactions étaient limitées et qu’il ignorait l’ampleur des crimes du financier.
Face à ces révélations en cascade, l’opposition norvégienne, menée par le Parti conservateur, réclame la mise en place d’une commission d’enquête indépendante pour faire la lumière sur l’étendue des liens entre le pouvoir et le réseau Epstein. Une demande pour l’instant rejetée par l’actuel Premier ministre Jonas Gahr Store, qui estime que l’enquête policière en cours est l’instrument adéquat pour traiter l’affaire.