Au Sénégal, la multiplication des publications sur les réseaux sociaux transforme le travail journalistique. Le président du CORED, Mamadou Thior, le rappelle : le journaliste n’a plus le monopole de la collecte de l’information. Pour lui, mieux vaut être le dernier à diffuser une information vérifiée que le premier à propager une fausse nouvelle. La crédibilité d’un média se joue dans cette rigueur, car une rétractation reste un aveu de faiblesse.
Mais la prudence devient une exigence juridique lorsque les propos repris émanent d’un responsable politique. Selon le journaliste Daouda Mine, cité par dakaractu, la loi sénégalaise ne fait aucune différence entre l’auteur d’une accusation et celui qui la relaie ensuite. L’article 255 du Code pénal s’applique aussi bien à l’élu qu’au média qui diffuse ses propos sans vérification. Et l’immunité parlementaire ne couvre pas cette reprise extérieure. Un terme à connotation pénale employé par un député pour qualifier des policiers a récemment illustré ce risque : le média qui l’a repris s’expose aux mêmes poursuites.
Ce risque ne se limite pas aux rédactions professionnelles. Tout citoyen qui partage une publication accusatoire sur ses propres réseaux encourt théoriquement les mêmes sanctions. Début 2024, l’arrestation du journaliste Mor Mbaye Cissé pour diffusion de fausses nouvelles avait déjà relancé le débat sur la dépénalisation des délits de presse. Son procès est fixé au 29 juin 2026 devant le tribunal des flagrants délits de Dakar.
