Réflexion sur la théorie de la révolution africaine prônée par Ousmane Sonko

Après sa libération, suite à sa garde à vue liée aux événements douloureux du début du mois de mars 2021, le leader de PASTEF, certainement dopé par sa nouvelle popularité incontestée, tant au plan national qu’international, a cru devoir porter sur ses épaules la conscience d’une révolution africaine.

L’ampleur, sans précédent de la révolte, ainsi que son intensité, menée essentiellement par la jeunesse, l’ont à coup sûr inspiré, au point qu’il ait tenu les propos selon lesquels, les prémices, ou les préludes de la révolution africaine pourraient voir le jour au Sénégal. Nous pourrions même nous épargner le conditionnel, dans la mesure où la puissance du discours traduisait une forte conviction.

Théorie à priori séduisante, que nous ne pouvons ranger dans un idéel de jeunesse politique. Certes, le mot théorie est souvent employé dans un esprit péjoratif, pour en déprécier le sens. Mais le sujet est d’une importance qui ne saurait autoriser pareille conception. Pour nous, il s’agit plutôt d’une « conception méthodique, systématiquement organisée… » André Lalande.

Bien que novice dans l’arène politique, l’homme a fini de prouver sa maturité, son sens de la responsabilité et son patriotisme pour un pays qu’il est prêt, et certainement apte à diriger, par la voie des urnes. C’est, nous le pensons, cet attachement à la démocratie qui explique qu’il ait utilisé le concept de « révolution africaine » qu’il veut pacifique. Un glissement sémantique qui a son importance pour les analystes de son discours politique et ses camarades de l’opposition.

L’homme anti- système a-t-il brusquement changé de doctrine ? Le soulèvement populaire dont il a été incontestablement le déclic, a-t-il imprimé chez lui une pensée nouvelle, un élargissement, une extension de la mission qu’il s’est construite, et que lui confère aussi une frange importante de la population ? Autrement, a-t-il opéré une révolution d’approche, de vision ou de projet de société ? La question mérite d’être posée.

En effet, si l’antisystème est compris comme l’élimination d’un ensemble de pratiques, la révolution, brusque, brutale ou pacifique, consiste en l’instauration d’un ordre nouveau. La différence n’est pas simplement sémantique, étant entendu qu’en plus d’être un changement politique, la révolution, c’est aussi un bouleversement de l’ordre social. L’instauration d’un ordre nouveau est la substance, la quintessence de la révolution.

Le leader de PASTEF, pour le moment, n’a décliné aucun contenu de la « révolution africaine » qu’il veut prôner. Apprenant de l’histoire, nous sommes fondé de nourrir des craintes. L’ordre nouveau ne serait-il pas, l’ordre de la puissance brandie au nom d’une nouvelle élite de maitres, investis d’un pouvoir plus nocif que celui qu’il a supplanté ? Interrogation légitime, dans la mesure où, l’avènement de cette révolution ne bouleversera aucun ordre social.

En somme, la question du progrès de l’Afrique, libérée des scories, de dirigeants à la solde de puissances étrangères, de politiques de prévarication des ressources financières et du sous-sol , de corruption, et de trucages des élections, trouve-t-elle la réponse dans l’accomplissement d’une révolution à dimension continentale, dont le Sénégal serait le précurseur ?

La réponse d’Ousmane Sonko semble sans équivoque, étant entendu que ses propos ne font l’objet d’aucune ambiguïté. Soit ! Alors ! Le printemps arabe serait-il un épiphénomène à classer dans la catégorie des révoltes spontanées, sans un sous bassement social solide ? Etait-ce vraiment une révolution ?

Ne pouvant répondre avec certitude, on pourrait prêter à Ousmane Sonko l’intention de jeter les bases d’une « véritable » révolution africaine à partir du Sénégal. Nous pensons autrement. Plus qu’une révolution, l’Afrique a besoin d’une Renaissance pour se réconcilier avec elle, et tracer les voies de son futur. Pour être ce qu’elle aujourd’hui, l’Europe a du entreprendre une enjambée de plus de mille ans dans son passé. Au XVIe, les grands esprits de la renaissance sont allés puiser dans les pensées et institutions de la Grèce antique et de Rome.

Ainsi, ils ont découvert que ce système politique appelé démocratie, qui selon Churchill est «le pire des systèmes à l’exclusion de tous autres» était une construction de leurs ancêtres grecs. Ils l’ont repensé, remodelé, refondé, pour, aujourd’hui en faire la base de tout contrat social, qui a pour but d’assurer le progrès et le bien être des parties. Ils ont aussi trouvé, que leurs ancêtres avaient l’esprit tellement juridique, qu’ils ont conçu la république. Certes, plus de mille après, sa restauration est passée par des révolutions brutales, mais au prix de l’installation d’un nouvel ordre social. Des institutions solides, l’Afrique en connues bien avant l’arrivée de Barack Obama au pouvoir, aux Etats-Unis. La charte du Mandé, et le long séjour à l’extérieur de l’empire, du Mansa Moussa, lors de son pèlerinage à la Mecque, en sont des illustrations.

Des révolutions qui ont renversé un ordre social ne sont pas une nouveauté en Afrique. Près de nous, au Fouta, en 1776, Thierno Souleymane Baal a réalisé la révolution Torodo. Il nous a légués un corpus d’une organisation institutionnelle et politique, susceptible, ou plus exactement, apte à résoudre les travers de notre «vouloir vivre une vie commune. » Mais les africains sont en rupture avec leur histoire, entendue au sens de connaissance des différentes manières d’être par le passé, des peuples et des institutions du continent. Le rapprochement avec notre histoire pour en tirer la substance fondatrice de notre organisation sociétale est une mission titanesque, plus compliquée, plu sdélicate et plus difficile qu’une révolution.

Aussi, sont –ils rares, voire inexistants, les dirigeants qui ont osé ou tenté de l’entreprendre. Les fondements théoriques ont déjà été posés par Cheikh Anta Diop, et vulgarisés plus ou moins par d’autres panafricanistes. Il faut maintenant une masse critique de leaders à la tête des Etats africains, et de sociétés civiles, nourris et moulés à la sève panafricaniste, animés de la volonté de puiser dans notre fonds historique et culturelle, pour poser les premiers jalons de la construction d’une Afrique debout, digne, indépendante et progressiste. A moins que la révolution ne soit une renaissance, notre réflexion est différente de celle d’Ousmane Sonko, qui ne peut être une panacée pour l’Afrique. C’est l’opinion d’un grand frère, admiratif d’Ousmane Sonko, dans son combat pour les libertés et la démocratie, et avec qui il partage le front de l’opposition.

Habib Sy 

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19 commentaires

  1. Monsieur DIOUF, je vous conseils à bien réfléchir sur ce que vous avez à dire sur SONKO. Sachez que c’est tout un peuple qui partage le point de vue de Monsieur Sonko. Monsieur Sonko dit tout haut ce qu’une majorité Sénégalaise, et africaine pensent tout bas. Merci


  2. La renaissance africaine est beaucoup plus profonde mais englobe en elle même cette révolution dont parle Ousmane Sonko.

    Il s’agit de procéder par strates et au finish avoir une Afrique des africains.

    Commençons par des aspects plus matériels palpables tél que le franc cfa , les gouvernances avec un implication plus importante et effective du peuple à la gestion du pays.

    Comme illustration les marchés relatifs à l’exploitation de nos ressources naturelles pourraient faire l’objet d’examen et d’approbation par l’assemblée nationale.

    Nous savons ces dits marchés vont passer comme une lettre à la poste mais au moins le citoyen saura le contenu de ces contrats.


  3. ce pays ne pourra pas etre diriger par un violeur un imposteur un manipulateur qu’est ce ousmane sonko nous on fait confiance a notre macky sall jusqu’a voir quelqu’un de confiance mais pour le moment et jusqu’a la fin on est avec macky❤❤


  4. très drôle et pathétique. les épithètes responsable patriote et mûr attribués à sonko sont discutables..tout ce qui brille n est pas OR.


  5. Merci Mr Habib S’y, un digne fils du pays. Vous avez toujours été digne, respectueux et respectable. Je vois pourquoi Pas Wade vous avez mis à ses côtés, et comme directeur de cabinet du président de la République. Parceque vous êtes intégre, juste et très posé. Vous n’eprouvez aucune haine envers qui que ce soit. Merci de votre contribution. Des hommes expérimentés comme vous, devraient accompagné Sonko pour un Sénégal libre, indépendant économiquement et prospère. Vive la révolution pacifique.


  6. Merci Habib Sy un article très instructif qui relève le niveau du dèbat sur notre model èconomique. Vous devriez joindre PASTEF pour apporter votre expèrience pour gagner les dèfits du dèvelopement.


    • Monsieur Playton le sieur Habib Sy aurait-il réussi son coup ?en tout cas il n’ya rien de pejoratif en ce que Sonko dit …le bon Dieu se promenait dans les rues désertes du pays il y’a rencontre Sonko il l’a béni il fait son chemin de croix …ne brisez pas son elan …le tout puissant est la pour tout le monde …


  7. C EST DE LA FUMISTERIE CE QU ILFAIT CE TYPE .

    COMMENT PEUT ON JUGER UNE PERSONNE SANS GERER NI POSER DES ACTES.

    UN VRAI OPPOSANT EN PERTE DE VITESSE A LA RECHERCHE D UN REFUGE.


  8. kekh kekh kekh , mon cher hahib, si tu savais ce ousmane sonko c’est un imposteur qui ne fait que reprendre les discours de notre mouvment M2C .tout ces phrases ne sont que la reprise bete de nos discours sur notre page facebook M2C senegal. ousmane sonko est un imposteur il n a jamais été anti système et il ne dispose pas concretement d’idées revolutionnaire pour le sénégal encore moins pour l’afrique il ne fait de du copie collé de discours afin de tromper le peuple et acceder au pouvoir . aller voir sue notre page facebook vous comprendrez d’ou vient ses discourt de changment de système et tout ce qu’il prone avec . si vous penser quon peut revolutionner l’afrique avec un imposteur vs vs tromper


    • je suis tout a fait d’accord avec vous ce ousmane sonko il pronr la droiture alors qu’il n’y croit même pas il est un imposteur doubler de manipulateur c domage que les Sénégalais ne verront ça que trés tardivement


  9. La renaissance Est l’étape d’après . la révolution Est l’outil indispensable pour une refonte de nos institutions Avec pour modèle Nos valeurs et nôtre histoire qui remonte bien plus loin que celle des grecs ou romains. Nous sommes enfin près Avec Ousmane A prendre nos responsabilités pour écrire notre propre histoire !! Inchalla…


  10. cher habibe pour que les nenegalais comprennent le nivaux de vos ecri est trop haut disons que ce que sincko a dit cest une verite pour lafrique se devoloppe il nous faudras nos responsabilite a deux mains dabor intaurin la democrasie chez ya pas de democrasie quil sois nationale ou internationale nous africains prennons nos destins a deux mains lafrique est trop enretard a cause de la naivete de nos dirgeants il nose pas soncko lui il ose est il gagneras aidons le lunion fait la force cette afrique ces lavenire de nos enfants nous tous nos ressource souvent nous passent sous le nez par la faveur de loccident ..il question de le revoire les quatrevingts dix pourcents de nos apres leur mandat il vont elure domicile en europe cest tres indigne de leur part . tous cela cest revoire .


    • Habib Sy vient d’un sang noble, il a toujours été digne décidément…


      Même s’il est de l’autre coté , mais il est d’une élégance inouïe.


      Merci SY.


  11. Un minable politicien, rancunier qui joue à l’hypocrisie. Honte à toi. Comment accorder du crédit à un violeur, infidèle et faux dévot ayant engrossé une jeune fille? Ce pays est mal barré mais heureusement que les sénégalais ont compris.


    • Il faut avoir la crainte reverencielle de DIEU. Les Senegalais ont parfaitement compris et ont manifesté rendant ainsi leur verdict dans cette affaire ourdie de toute pièce par des comploteurs malpropres , diaboliques .Quand à l’analyse de mr Habib Sy ,une analyse pertinemment intellectuelle,bien articulée, bien pensée,sérieuse et honnête qui s’adresse à une élite intellectuelle aficaine


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