Rapport budgétaire : derrière un ton diplomatique, un taux d’exécution des investissements de 0,3 %

Le rapport introductif des auditions ministérielles préparatoires au Débat d’Orientation budgétaire, présenté le 27 juin à l’Assemblée nationale, documente un chiffre qui devrait dominer les échanges : 0,3 %. C’est la part des crédits d’investissement que l’État sénégalais a réellement dépensée, de sa propre initiative, durant les trois premiers mois de l’exercice 2026. Sur 1 000 francs CFA votés par les députés pour construire des écoles, équiper des hôpitaux ou réhabiliter des routes, l’administration en a dépensé trois.

Pourtant, le ton du rapport reste étonnamment feutré. Le document, consulté par leral, multiplie les formules diplomatiques : « cette situation appelle une vigilance particulière », « appelle une attention particulièrement », « appelle une lecture plus exigeante ». Ce langage contraste avec la gravité des faits énoncés, décrivant une incapacité quasi généralisée de l’État à transformer ses budgets en réalisations concrètes.

Une autre information majeure est livrée presque en passant : la prévision de croissance pour 2026, initialement fixée à 5 %, a été ramenée à 3,2 % dans le Document de programmation budgétaire et économique pluriannuelle (DPBEP 2027-2029). Cette révision d’un tiers de la croissance attendue remet en cause la trajectoire budgétaire sur laquelle repose la programmation triennale de l’État, sans que le rapport n’en tire toutes les conséquences.

Le déficit budgétaire de 2025, affiché à 6,44 % du PIB, est présenté comme une performance parce qu’il reste sous la cible de 7,82 %. Mais cette cible avait été révisée à la hausse en cours d’année, après un dérapage par rapport à l’objectif initial. Une technique de communication qui permet de transformer un dépassement en réussite relative.

Le financement de l’investissement public pour 2027-2029 repose à 51,8 % sur des ressources extérieures (dons, prêts-projets, partenaires techniques), soit plus de 4 000 milliards de francs CFA. Or, au premier trimestre 2026, ces mêmes ressources n’ont été mobilisées qu’à hauteur de 8,9 % pour les dons en capital et 10,2 % pour les prêts-projets.

En 2025, la croissance du PIB réel avait atteint 6,7 %, portée par les hydrocarbures et l’agriculture, mais les secteurs productifs hors ces domaines n’ont progressé que de 1,6 %, confirmant une fragilité structurelle.

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