Le 39e Sommet de l’Union africaine a servi de tribune pour dresser un bilan sans concession de la situation sanitaire sur le continent. Alors que les objectifs fixés pour 2025 semblent désormais hors de portée pour la grande majorité des États membres, un nouveau rapport met en lumière la fragilité des acquis obtenus au cours de la dernière décennie. Au-delà du constat d’échec partiel, le document pose un diagnostic financier alarmant qui menace directement la sécurité sanitaire des populations.
Selon les données relayées par Sud Quotidien, la situation actuelle est marquée par une stagnation préoccupante. Le continent continue de porter le fardeau le plus lourd à l’échelle mondiale, concentrant plus de 95 % des cas de paludisme enregistrés en 2024. Avec 270,8 millions de personnes touchées et 594 119 décès recensés, les progrès réalisés jusqu’en 2015 marquent le pas. Le rapport souligne d’ailleurs que seuls cinq pays ont réussi à s’aligner sur les objectifs du Cadre catalytique 2025, qui visaient une réduction drastique de la mortalité et de l’incidence de la maladie.
C’est sur le volet prospectif que l’alerte de l’Union africaine se fait la plus pressante. Face à l’essoufflement des contributions internationales, l’organisation a modélisé l’impact concret d’un désengagement financier. Le rapport établit qu’une réduction de 30 % des financements actuels ne serait pas sans conséquences : elle priverait le continent de 640 millions de moustiquaires. Cette pénurie matérielle se traduirait mécaniquement, d’ici 2030, par 146 millions de cas supplémentaires et, surtout, par 400 000 décès additionnels, touchant majoritairement les jeunes enfants.
Pour éviter ce scénario, les dirigeants africains appellent à un changement de paradigme, prônant une souveraineté sanitaire accrue. La mobilisation des ressources domestiques devient une priorité stratégique. À ce titre, une douzaine de pays ont déjà ouvert la voie en mobilisant plus de 200 millions de dollars via des mécanismes de financement innovants et des partenariats public-privé. L’objectif est de réduire la dépendance aux aides extérieures tout en exhortant les partenaires, notamment la Banque mondiale, à relancer leurs programmes de soutien.
Malgré ce tableau sombre, des leviers d’action existent et commencent à porter leurs fruits. L’adaptation technologique est en marche : en 2025, 74 % des moustiquaires distribuées appartenaient à une nouvelle génération conçue pour contrer la résistance des vecteurs. Parallèlement, l’introduction de vaccins antipaludéens dans vingt-quatre pays a permis l’administration de plus de 28 millions de doses. L’accent est également mis sur l’industrialisation locale, avec des initiatives de production de tests et de traitements, notamment au Nigeria, pour briser le cycle des importations massives.