Au Liban, le Hezbollah a demandé lundi aux autorités de déclarer l’ambassadeur des États-Unis à Beyrouth, Michel Issa, « persona non grata ». Cette prise de position intervient après des propos du diplomate tenus à l’issue d’une rencontre avec le patriarche maronite Beshara Raï, dans un climat de tensions autour d’attaques visant des figures religieuses.
Selon les informations rapportées par Insider Paper, la controverse a commencé samedi après la publication par la chaîne libanaise LBCI d’une vidéo caricaturant des dirigeants et combattants du Hezbollah sous les traits des personnages du jeu mobile “Angry Birds”. Des partisans du mouvement chiite ont dénoncé cette vidéo, y voyant une moquerie visant notamment leur chef Naim Qassem, également religieux chiite.
Dans la foulée, certaines réactions ont pris pour cible le patriarche maronite Beshara Raï à travers des images insultantes diffusées en ligne. Cette campagne a suscité de larges condamnations ainsi que des marques de soutien au chef de l’une des principales communautés chrétiennes du pays. Après avoir rencontré Beshara Raï lundi, Michel Issa a expliqué que sa visite visait à lui témoigner son soutien et à exprimer sa désapprobation après les faits du week-end. Il a déclaré que ces actes étaient « inappropriés au Liban », un pays, selon lui, « connu pour la coexistence ».
L’ambassadeur américain a également estimé que « les personnes qui ont fait cela » pourraient considérer que le Liban « ne leur convient pas », ajoutant qu’elles pouvaient « chercher un autre pays où vivre ». Le Hezbollah a réagi dans un communiqué relayant une déclaration du député Ali Ammar, qui a dénoncé ce qu’il a qualifié d’« ingérence flagrante de l’ambassadeur américain à Beyrouth dans les affaires libanaises » ainsi qu’un appel à pousser des Libanais hors de leur pays. Ali Ammar a affirmé que « la mesure la plus simple » serait de le déclarer « persona non grata ».
Après l’éclatement de la polémique, plusieurs responsables libanais, dont le président Joseph Aoun et le président du Parlement Nabih Berri, allié du Hezbollah, ont condamné les attaques contre les chefs religieux. LBCI a ensuite supprimé la vidéo, après avoir été convoquée par la justice libanaise.
D’après Insider Paper, cette affaire intervient dans un pays où la liberté d’expression reste relativement plus large que dans d’autres États arabes, mais où médias, artistes et humoristes font régulièrement face à des pressions lorsque leurs contenus sont jugés offensants pour des figures politiques ou religieuses. Le média rappelle aussi que la dernière confrontation entre Israël et le Hezbollah a fait près de 2 700 morts et déplacé plus de un million de personnes, aggravant les divisions internes au Liban.