Projet concurrent à l’ONU : la somme astronomique réclamée par Donald Trump aux pays souhaitant rejoindre son « Conseil de la Paix »

C’est une initiative qui risque de redessiner les alliances internationales, ou d’isoler davantage la première puissance mondiale. Présent au Forum économique mondial de Davos, le président américain Donald Trump a officialisé le lancement de son « Board of Peace » (Conseil de la Paix). Présentée officiellement comme une structure destinée à superviser la reconstruction de Gaza, cette organisation suscite une levée de boucliers au sein des chancelleries occidentales, tant par sa structure que par les conditions inédites fixées pour y siéger.

Loin de l’image d’unité affichée lors de précédentes coalitions américaines, l’Europe se montre cette fois particulièrement réticente. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, la quasi-totalité des pays de l’Union européenne a décliné l’invitation ou indiqué, avec une certaine distance diplomatique, qu’elle « étudiait » la question. À ce jour, seuls deux États membres de l’UE ont accepté de rejoindre l’initiative : la Hongrie et la Bulgarie.

Cette fracture diplomatique contraste avec l’année 2003, où des pays comme l’Espagne, le Royaume-Uni ou la Pologne s’étaient ralliés à George W. Bush pour l’invasion de l’Irak. La France, fidèle à sa ligne directrice, a rejeté l’offre, arguant que ce conseil « dépasse le cadre de Gaza et soulève de graves questions » vis-à-vis des principes des Nations Unies.

**Un ticket d’entrée fixé à un milliard de dollars**

Au-delà des considérations géopolitiques, c’est une barrière financière d’une ampleur inédite qui retient l’attention. Pour obtenir un siège au sein de ce « Board of Peace », Donald Trump exige de chaque pays membre une contribution forfaitaire d’un milliard de dollars pour une adhésion « à vie ».

Le président américain n’a toutefois fourni aucune précision sur l’utilisation concrète de ces fonds, ni sur les mécanismes de contrôle financier. Le texte de la charte précise simplement que le conseil « peut autoriser l’ouverture de comptes si nécessaire », rendant la transparence financière optionnelle. Cette approche, qualifiée de « motivation oligarchique crasse » par Catherine Fieschi, politologue à l’Institut universitaire européen, s’apparente selon elle davantage à des frais d’adhésion à un « club de golf » qu’à un mécanisme diplomatique traditionnel.

**Une structure parallèle aux Nations Unies**

La gouvernance de l’organisation concentre également les critiques. Donald Trump s’est désigné président du conseil, s’octroyant le pouvoir d’annuler les décisions des autres membres. Son gendre, Jared Kushner, siège au conseil exécutif.

Bien que l’initiative s’appuie formellement sur la résolution 2803 du Conseil de sécurité de l’ONU concernant Gaza, la charte signée par Washington ne mentionne ni Gaza, ni une durée limitée dans le temps. Elle élargit le mandat aux « zones affectées ou menacées par un conflit », ce qui est perçu comme une tentative directe de supplanter l’ONU.

Cette volonté de contournement a provoqué une réaction du Secrétaire général des Nations Unies. Antonio Guterres a rappelé que le Conseil de sécurité reste le seul organe mandaté par la Charte pour agir au nom de tous les États membres, soulignant qu’aucune « coalition ad hoc » ne peut exiger légalement la conformité des États.

**La mise à l’écart du Canada**

La gestion des invitations témoigne également de la méthode Trump. Le Danemark a été exclu suite à des tensions diplomatiques concernant le Groenland. Plus récemment, l’invitation du Canada a été annulée après un discours de son Premier ministre, Mark Carney, à Davos. Ce dernier y défendait le multilatéralisme et la nécessité pour les puissances moyennes de créer une « troisième voie » basée sur l’intégrité et les règles, une vision aux antipodes de celle portée par la nouvelle organisation américaine.

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