Professionnels de la musique sénégalaise : l’IA adoptée comme outil, pas comme créatrice

Les outils d’intelligence artificielle transforment le quotidien des studios d’enregistrement sénégalais. Nettoyage des pistes audio, génération d’accords, création de maquettes, réalisation de visuels ou traduction de contenus : leurs usages se multiplient. Pourtant, les professionnels du secteur refusent de voir en l’IA un substitut au créateur humain.

Selon une enquête d’EnQuête+, le chroniqueur musical Omar Diallo, alias OMD Vibes, estime que l’IA peut stimuler la créativité mais ne doit jamais imposer les décisions artistiques. « Elle peut accompagner le processus créatif, mais jamais remplacer le vécu, les émotions ou l’identité artistique », affirme-t-il. Pour lui, une musique entièrement générée par une machine risquerait d’être techniquement parfaite mais vide d’émotion.

Même son de cloche chez le beatmaker Amadou Ndiaga Faye, connu sous le nom de Bbeut. Producteur et enseignant au CEM Habib Sy de Tivaouane, il utilise quotidiennement l’IA pour séparer les stems, supprimer les bruits parasites ou créer des suites d’accords. « Un vrai créateur apporte son vécu, sa culture et même ses erreurs. L’IA travaille uniquement à partir de ce qui existe déjà », explique-t-il. Il prévient que l’usage systématique de l’IA pour produire des instrumentales standardisées pourrait appauvrir la musique.

Le président de l’Association des métiers de la musique du Sénégal (AMS), Daniel Gomes, partage cette analyse. Il rappelle que l’industrie a déjà connu des révolutions similaires avec l’arrivée de la musique assistée par ordinateur (MAO), qui avait suscité les mêmes craintes avant de permettre l’émergence de nouveaux courants. Aujourd’hui, il insiste sur l’urgence de former les artistes, producteurs et ingénieurs du son à ces nouveaux outils.

L’enjeu des droits d’auteur cristallise aussi les inquiétudes. Djibril Fall, alias Bril Fight 4, beatmaker et chanteur, compare l’IA à un simple instrument ou logiciel de production musicale. « Les mélodies, les harmonies et toute la direction artistique viennent de moi », souligne-t-il. Il met en garde contre la tentation de déléguer entièrement sa créativité à la machine.

Ces questionnements interviennent alors que des initiatives locales, comme la plateforme Senmixmaster lancée en décembre 2025 par Boubacar Djiba à Dakar, entendent démocratiser l’accès à un mastering de qualité grâce à l’IA. Daniel Gomes plaide pour un renforcement des capacités des acteurs de la musique.

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