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Procès Ramadan : l’ombre de l’absence et le poids des accusations

Un procès sans son principal protagoniste. La cour criminelle départementale de Paris a ouvert ce lundi 2 mars le dossier sensible de Tariq Ramadan, jugé pour trois viols qu’il conteste formellement. Mais le banc des accusés est resté vide, l’islamologue suisse étant hospitalisé à Genève, soulevant d’emblée la question cruciale du maintien ou du report des audiences.

C’est un coup de théâtre sanitaire qui a immédiatement tendu l’atmosphère de la salle d’audience. Selon ses avocats, Tariq Ramadan, 62 ans, a été hospitalisé ce week-end en raison d’une poussée de sa sclérose en plaques, une maladie neurologique chronique. Un certificat médical du service de neurologie genevois a été produit, attestant que « son état de santé ne lui permet pas actuellement de voyager ». Cette annonce de dernière minute n’a pas manqué de faire réagir la présidente de la cour, qui s’est interrogée sur le délai d’information de la juridiction. La défense, qui milite depuis plusieurs mois pour un report, a immédiatement réitéré sa demande de renvoi, arguant que son client « n’est pas en état de comparaître ».

Au-delà de la question médicale, des zones d’ombre procédurales ont été soulevées. Le respect du contrôle judiciaire de l’accusé, qui lui imposait de notifier toute sortie du territoire français quinze jours à l’avance, est désormais au cœur des débats. La présidente a noté qu’il résiderait à la frontière franco-suisse, facilitant ses déplacements à Genève. Parallèlement, le procès pourrait se tenir loin des regards : l’une des plaignantes, connue sous le pseudonyme de « Christelle », a fait savoir par ses avocates qu’elle demanderait le huis clos total pour préserver son anonymat et sa vie privée.

Au cœur de cette affaire, prévue pour durer jusqu’au 27 mars, se trouvent les récits de trois femmes. Tariq Ramadan doit répondre de viols présumés, dont un aggravé sur personne vulnérable, commis entre 2009 et 2016 à Lyon et Paris. Les plaignantes décrivent des relations d’une extrême violence, imposées sous la contrainte et l’emprise. Une version que l’intellectuel a toujours niée. Après avoir d’abord réfuté toute relation extraconjugale, il avait finalement concédé en 2018 des « relations de domination », « rudes » mais selon lui « consenties ».

Ce procès parisien s’ouvre alors que l’ombre d’une condamnation plane déjà sur l’accusé. En septembre 2024, la justice suisse l’a condamné en appel à trois ans de prison, dont un an ferme, pour le viol d’une femme en 2008. Un verdict qu’il conteste et pour lequel il a annoncé un recours devant la Cour européenne des droits de l’homme, après avoir été acquitté en première instance. La décision de la cour parisienne sur la tenue du procès est donc attendue avec une tension particulière.

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