La Slovaquie a officiellement décidé de suspendre ses fournitures d’électricité d’urgence à l’Ukraine. Cette mesure, annoncée par le Premier ministre slovaque Robert Fico, s’inscrit dans un bras de fer énergétique lié au blocage d’un oléoduc stratégique acheminant du pétrole russe vers l’Europe centrale.
Lundi, Robert Fico a mis à exécution un ultimatum adressé quelques jours plus tôt au président ukrainien Volodymyr Zelensky. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le chef du gouvernement slovaque a demandé à l’entreprise publique SEPS d’interrompre toute assistance au réseau électrique ukrainien. Dans une déclaration diffusée sur les réseaux sociaux, il a précisé que cette suspension restera en vigueur tant que le transit de pétrole brut russe via l’oléoduc de l’ère soviétique Druzhba ne sera pas rétabli.
Cette infrastructure, qui traverse le territoire ukrainien, est à l’arrêt depuis fin janvier. Kiev attribue cette interruption aux dégâts causés par une frappe de drone russe et affirme procéder aux réparations nécessaires. Une version contestée par Bratislava et Budapest. La Slovaquie et la Hongrie, toutes deux fortement dépendantes des hydrocarbures russes, accusent l’Ukraine d’être responsable de cette panne prolongée. Robert Fico a qualifié la situation de « décision purement politique visant à faire chanter la Slovaquie ».
Du côté de Kiev, l’opérateur du réseau national Ukrenergo a minimisé l’impact de cette décision. L’entreprise a indiqué que cette suspension n’affecterait pas la stabilité du système électrique unifié du pays, précisant que la dernière demande d’assistance d’urgence à la Slovaquie remonte à plus d’un mois, pour un volume très limité. Toutefois, les données du cabinet de conseil ExPro, basé à Kiev, montrent que la Hongrie et la Slovaquie ont représenté 68 % de l’électricité importée par l’Ukraine ce mois-ci, sans qu’il soit précisé si les fournitures d’urgence sont incluses dans ce calcul.
Au-delà de la fourniture d’électricité, le gouvernement slovaque a brandi de nouvelles menaces diplomatiques. Robert Fico a averti que son pays prendrait d’autres mesures de réciprocité, allant jusqu’à reconsidérer ses positions jusqu’ici constructives concernant l’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.
Le Premier ministre slovaque a également refusé d’impliquer son pays dans le nouveau prêt européen de 90 milliards d’euros destiné à Kiev, dénonçant un « comportement inacceptable » de la part des autorités ukrainiennes. Ce montage financier est déjà bloqué par la Hongrie, qui a opposé son veto à de nouvelles sanctions européennes contre la Russie. Pour justifier sa position, Robert Fico a rappelé que l’arrêt par l’Ukraine des livraisons de gaz russe, suite à l’expiration d’un accord de transit le 1er janvier, coûte à la Slovaquie environ 500 millions d’euros par an.