Plus de 2,6 millions d’électeurs de la République du Congo sont appelés aux urnes ce week-end pour élire leur président. Dans un climat politique verrouillé, le président sortant, Denis Sassou Nguesso, 82 ans, brigue un nouveau mandat de cinq ans. Si l’issue du vote semble acquise en faveur du dirigeant au pouvoir depuis plus de quatre décennies, le scrutin met en lumière de nouvelles dynamiques au sein de l’opposition et des luttes d’influence au sommet de l’État.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les bureaux de vote ouvriront de 6 heures à 18 heures (GMT), avec une fermeture annoncée des frontières durant les opérations électorales. En 2021, le taux de participation s’élevait à 67,70 %. Denis Sassou Nguesso, qui a dirigé le pays de 1979 à 1992 avant de reprendre le pouvoir par la force en 1997, a pu se présenter à nouveau grâce à un référendum constitutionnel adopté en 2015. Cette révision a supprimé la limite d’âge de 70 ans et fait passer le nombre maximum de mandats de deux à trois, lui permettant d’enchaîner une cinquième candidature consécutive.
Le maintien au pouvoir du Parti congolais du travail (PCT) s’appuie sur une mainmise sur le système judiciaire et la Commission électorale nationale indépendante (CENI). L’ONG Freedom House attribue au pays une note de 17 sur 100 en matière de libertés. Plusieurs figures majeures de l’opposition, telles que l’ancien chef de l’armée Jean-Marie Michel Mokoko et l’ex-ministre André Okombi Salissa, purgent actuellement des peines de 20 ans de prison pour atteinte à la sûreté de l’État à la suite des élections de 2016.
Malgré ce contexte répressif et le boycott officiel de l’Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS), un candidat suscite un intérêt inattendu. Melaine Deston Gavet Elengo, ingénieur dans le secteur pétrolier âgé de 35 ans, se présente sous la bannière du Mouvement républicain. Plus jeune prétendant de la course, il fait campagne sur la transparence gouvernementale et l’indépendance de la justice. Il bénéficie du soutien officieux de dissidents de l’UPADS et de membres de l’Union des démocrates humanistes, le parti du défunt opposant Guy-Brice Parfait Kolelas. D’autres candidats, tels que Joseph Kignoumbi Kia Mboungou (73 ans) ou Uphrem Dave Mafoula (43 ans), participent également au scrutin, bien que leurs scores lors des précédentes élections n’aient pas dépassé la barre des 1 %.
Cette élection se déroule sur fond de crise économique persistante. Bien que le Congo soit le troisième exportateur de pétrole d’Afrique, produisant jusqu’à 252 000 barils par jour, le pays se classe 171e sur 193 à l’Indice de développement humain des Nations Unies. Près de la moitié de ses 6 millions d’habitants vit sous le seuil de pauvreté et le taux de chômage avoisine les 40 %. Le virage tout-pétrole amorcé dans les années 1970 a rendu le pays dépendant des importations alimentaires, délaissant un potentiel agricole de 10 millions d’hectares de terres arables.
Face à la victoire anticipée de Denis Sassou Nguesso, l’attention se tourne vers l’avenir de la présidence. Des observateurs cités par Al Jazeera soulignent qu’une course à la succession a déjà débuté en coulisses. Trois membres de la famille présidentielle se positionnent : Denis-Christel Nguesso, fils du président et ministre de la Coopération internationale ; Jean-Dominique Okemba, neveu et chef de la sécurité nationale ; et Jean-Jacques Bouya, cousin du chef de l’État et actuel ministre de l’Aménagement du territoire.