Les électeurs djiboutiens se rendent aux urnes ce vendredi pour une élection présidentielle qui mobilise 243 471 inscrits. Dans ce pays stratégique de la Corne de l’Afrique, le scrutin oppose deux candidats, dont le chef de l’État sortant, Ismaïl Omar Guelleh, 78 ans, au pouvoir depuis 1999 et briguant un sixième mandat.
Pour rendre cette nouvelle candidature possible, l’Assemblée nationale a procédé à une modification législative. En novembre dernier, les députés ont unanimement amendé la Constitution pour supprimer la limite d’âge, jusqu’alors fixée à 75 ans. La limitation du nombre de mandats avait, quant à elle, été abolie lors d’une précédente réforme en 2010.
Face au président sortant, un seul candidat est en lice : Mohamed Farah Samatar, investi par le parti du Centre démocratique unifié. Comme le souligne la chaîne Al Jazeera, ce dernier est un ancien membre du parti au pouvoir. Omar Ali Ewado, responsable de la Ligue djiboutienne des droits de l’homme (LDDH), qualifie ce vote de « mascarade », affirmant que le candidat de l’opposition appartient à une formation inféodée au pouvoir. Depuis 2016, les principaux partis d’opposition boycottent systématiquement les scrutins. Un autre prétendant déclaré, l’ancien conseiller présidentiel Alexis Mohamed, a indiqué avoir renoncé à sa candidature en raison d’un manque de garanties sécuritaires pour son retour au pays.
L’élection se déroule dans un contexte géopolitique et économique précis. Peuplé d’environ un million d’habitants, Djibouti tire d’importants revenus de sa position géographique au niveau du détroit de Bab el-Mandeb. Le pays perçoit annuellement 125 millions de dollars pour l’hébergement de bases militaires étrangères, abritant notamment les forces américaines (Camp Lemonnier), françaises et chinoises.
Sur le plan économique, l’État djiboutien doit faire face à une dette évaluée à 1,2 milliard de dollars envers la Chine d’ici 2026, contractée pour des projets d’infrastructures. Si les activités portuaires, qui gèrent la quasi-totalité des importations et exportations maritimes de l’Éthiopie voisine, génèrent environ deux milliards de dollars par an, le chômage touche 73 % de la jeunesse. De plus, cette manne financière est actuellement concurrencée par les récentes négociations de l’Éthiopie visant à obtenir un accès maritime alternatif via la Somalie.
Pour superviser ce processus électoral, l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) a déployé 17 observateurs issus d’Éthiopie, du Kenya, de Somalie, du Soudan du Sud et d’Ouganda. Les bureaux de vote ferment dans la soirée de ce 10 avril, et une déclaration officielle de la mission d’observation est annoncée pour le 12 avril.