Présidentielle à Djibouti : l’écart de voix abyssal qui scelle le sixième mandat d’Ismaïl Omar Guelleh

Le paysage politique djiboutien s’inscrit dans la stricte continuité. À l’issue du scrutin présidentiel qui s’est tenu vendredi, le chef de l’État sortant a officiellement validé son maintien au pouvoir. Une réélection qui s’est dessinée face à un adversaire unique, dans un contexte électoral marqué par la modification récente des règles de candidature et le retrait des principales forces de l’opposition.

Selon les données officielles relayées par l’agence de presse nationale et citées par Al Jazeera, Ismaïl Omar Guelleh a recueilli 97,81 % des suffrages exprimés. Son seul concurrent en lice, Mohamed Farah Samatar, candidat du Centre démocrate unifié (CDU) — une formation politique ne disposant d’aucun siège au parlement —, a obtenu 2,19 % des voix. Le taux de participation s’est élevé à 80,4 % parmi les quelque 256 000 électeurs inscrits, sur une population totale estimée à un million d’habitants. Les bureaux de vote, dont la fermeture était initialement prévue à 18 heures, sont restés ouverts une heure supplémentaire pour pallier certains retards d’organisation.

Âgé de 78 ans et au pouvoir depuis 1999, Ismaïl Omar Guelleh entame ainsi son sixième mandat consécutif. Cette nouvelle candidature a été directement rendue possible par une décision politique intervenue l’année dernière, actant la suppression de la limite d’âge pour se présenter à la présidence. Dès l’annonce des premières tendances, le dirigeant a simplement publié le mot « Réélu » sur le réseau social X.

La campagne électorale a mis en évidence une asymétrie de moyens et de mobilisation. Alors que les rassemblements du président sortant drainaient des milliers de partisans dans une capitale couverte de ses affiches, les événements de Mohamed Farah Samatar, diffusés par les médias d’État, ne réunissaient que quelques dizaines de personnes. Ce dernier avait notamment axé ses déplacements dans les régions de Tadjourah et d’Obock autour de l’idée qu’« un autre Djibouti est possible ».

Ce scrutin s’est déroulé en l’absence de deux des principaux partis d’opposition. Ces formations maintiennent une politique de boycott systématique depuis 2016, en réponse à la suppression de la limitation des mandats présidentiels adoptée en 2010. Lors de sa précédente victoire en 2021, Ismaïl Omar Guelleh l’avait emporté avec 98 % des voix.

Le maintien de l’exécutif djiboutien s’observe de près à l’international en raison de la géographie du pays. Bordé par l’Érythrée, l’Éthiopie et la Somalie, Djibouti occupe une position stratégique sur le détroit de Bab al-Mandeb, point de passage névralgique offrant un accès direct à la mer Rouge depuis le golfe d’Aden. Sur le plan interne, des organisations de défense des droits humains font régulièrement état de restrictions visant la liberté d’expression et l’activité politique, des accusations que le gouvernement djiboutien a toujours fermement rejetées.

Votre avis sera publié et visible par des milliers de lecteurs. Veuillez l’exprimer dans un langage respectueux.

Laisser un commentaire