La diplomatie bolivienne amorce un virage majeur. Près de deux décennies après une rupture diplomatique retentissante, le nouveau gouvernement a officiellement rouvert ses frontières à une entité américaine clé, marquant ainsi une rupture définitive avec la politique de l’ancien régime socialiste.
Selon les informations de la chaîne Al Jazeera, l’agence américaine de lutte contre la drogue (DEA) a repris ses opérations en Bolivie. Le ministre bolivien du Gouvernement, Marco Oviedo, a confirmé lundi que les agents fédéraux américains sont déjà déployés sur le territoire. L’objectif initial de cette coopération, qui s’accompagne d’un appui des services de renseignement européens, vise à resserrer la surveillance des frontières et à démanteler les réseaux de narcotrafic.
Ce retour met fin à une interdiction stricte imposée en 2008 par l’ancien président Evo Morales. Ce dernier avait expulsé la DEA et suspendu les relations diplomatiques avec Washington, accusant l’agence d’ingérence politique et de tentatives de déstabilisation de son gouvernement. Sous son mandat, le Mouvement vers le socialisme (MAS) s’appuyait fortement sur les régions rurales productrices de coca, un secteur dont Morales dirigeait lui-même le syndicat avant son accession au pouvoir.
Le changement de cap actuel fait suite à l’élection de Rodrigo Paz. Vainqueur du second tour de la présidentielle en octobre 2025 avec 54,9 % des suffrages, ce dirigeant centriste a fait de la normalisation des relations avec les États-Unis un levier central pour sortir la Bolivie de sa crise économique. Plus tôt ce mois-ci, les deux nations ont d’ailleurs convenu de nommer des ambassadeurs pour la première fois en près de 18 ans. Les contours exacts et les limites opérationnelles des agents de la DEA en Bolivie restent toutefois en cours de négociation, a précisé le ministre des Affaires étrangères, Fernando Aramayo.
Cette reprise de la coopération bilatérale s’inscrit dans un contexte de durcissement de la politique américaine dans la région. Depuis son retour au pouvoir le 20 janvier 2025, le président Donald Trump a intensifié la campagne contre le narcotrafic en Amérique latine, classant plusieurs grands cartels comme « organisations terroristes étrangères ».
Cette approche s’est traduite par des actions coercitives directes, assumées par l’administration américaine. Fin décembre et début janvier, Washington a mené deux frappes au Venezuela, entraînant des dizaines de morts et l’enlèvement du président Nicolas Maduro, actuellement détenu aux États-Unis pour des accusations liées au trafic de drogue. Parallèlement, l’armée américaine a lancé l’« Opération Southern Spear », effectuant près de 44 frappes meurtrières contre des navires suspects dans les Caraïbes et le Pacifique Est. Ces opérations, qui ont fait environ 150 morts, continuent d’être menées malgré les réserves émises par les Nations Unies quant à leur cadre légal.