La guerre d’usure économique entre la Russie et les nations occidentales prend une nouvelle dimension maritime. Alors que les sanctions visent à restreindre les capacités d’exportation de Moscou, le Kremlin vient de tracer une ligne rouge concernant l’interception de ses bâtiments de commerce. Dans une déclaration relayée par Al Jazeera, un haut responsable russe a officialisé un changement de doctrine qui pourrait militariser les routes commerciales de l’Atlantique et de la Baltique.
Nikolai Patrushev, proche conseiller de Vladimir Poutine et figure centrale de la stratégie maritime russe, a averti que la marine nationale pourrait désormais être déployée pour empêcher toute saisie de navires russes par les puissances occidentales. Cette déclaration intervient alors que l’Occident intensifie sa traque de la « flotte fantôme », ce réseau de navires utilisé par Moscou pour contourner les sanctions sur les exportations de pétrole et de céréales.
Une mise en garde directe à Paris et Londres
Le message du Kremlin cible explicitement trois acteurs : le Royaume-Uni, la France et les États baltes. Selon Nikolai Patrushev, ces nations se livrent à des actes s’apparentant à de la « piraterie » contre la flotte marchande russe. « Si nous ne résistons pas de manière décisive, les Anglais, les Français et même les Baltes seront bientôt assez audacieux pour tenter de bloquer l’accès aux mers pour notre pays », a-t-il déclaré au journal Argumenty i Fakty.
Pour Moscou, la réponse ne doit plus être diplomatique, mais militaire. Patrushev affirme que « le meilleur garant de la sécurité de la navigation est la marine » et appelle au déploiement permanent de forces substantielles, y compris dans des régions éloignées de la Russie, capables de « refroidir l’ardeur des pirates occidentaux ».
Le précédent du pétrolier « Grinch »
Cette escalade verbale fait suite à plusieurs incidents concrets en mer. En janvier, les autorités françaises ont intercepté le pétrolier Grinch en Méditerranée, soupçonné d’appartenir à la flotte fantôme russe et de violer les sanctions européennes. Le navire a été immobilisé près de Marseille pendant trois semaines.
Mardi, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, a confirmé la libération du navire, mais uniquement après le paiement d’une amende de plusieurs millions d’euros par son propriétaire. « Contourner les sanctions européennes a un prix », a souligné le ministre, affirmant que la Russie ne pourrait plus financer sa guerre « en toute impunité » via ces réseaux maritimes.
D’autres incidents alimentent la colère de Moscou. En septembre dernier, la France avait également détenu le Boracay, un navire battant pavillon béninois mais lié à la Russie. Son capitaine chinois doit comparaître devant la justice française la semaine prochaine. Vladimir Poutine avait déjà qualifié cette action de « piraterie ».
La crainte d’un blocus de Kaliningrad
Au-delà des saisies de pétroliers, le Kremlin redoute une stratégie plus large de l’OTAN visant l’enclave de Kaliningrad, située sur la mer Baltique. Nikolai Patrushev accuse les Européens de « tester les limites » de la patience russe en planifiant un blocus naval de ce territoire stratégique.
L’avertissement est sans équivoque : si une solution pacifique échoue, « le blocus sera brisé et éliminé par la marine ». Les États-Unis, de leur côté, maintiennent la pression, ayant eux aussi saisi en janvier un pétrolier battant pavillon russe, le Marinera, pour violation des sanctions liées au Venezuela.