C’est un discours aux allures de mise en garde sévère qu’a tenu Emmanuel Macron ce mardi en Suisse. Invité à la tribune du Forum économique mondial pour l’édition 2026, le chef de l’État français a dressé le portrait sombre d’un ordre international en délitement, marqué par un « monde sans loi » et une montée des périls. Mais au-delà du constat géopolitique global, c’est son analyse tranchée des relations transatlantiques et des déséquilibres économiques mondiaux qui a retenu l’attention des observateurs.
Selon les éléments rapportés par l’agence Anadolu, cette intervention survient dans un climat de tensions exacerbées, notamment autour du statut du Groenland et des projets diplomatiques américains.
**Une critique directe de la stratégie américaine**
Si le président français a dénoncé une « dérive vers l’autocratie » à l’échelle mondiale, il a réservé une partie significative de son allocution aux relations avec Washington. Loin du langage diplomatique feutré habituel entre alliés, Emmanuel Macron a pointé du doigt une concurrence jugée déloyale. Il reproche aux États-Unis d’exiger des « concessions de plus en plus importantes » et de chercher, par le biais de pressions commerciales, à « affaiblir l’Europe ».
Les menaces de surtaxes douanières sur des produits emblématiques comme les vins et champagnes français ont été citées comme exemples concrets de cette stratégie de tension. Pour le locataire de l’Élysée, l’Union européenne ne doit plus subir ces offensives sans réagir.
**L’appel à l’activation de l’outil anti-coercition**
Face à ce qu’il qualifie de manque de respect, Emmanuel Macron a exhorté les Européens à ne pas hésiter à mobiliser leurs leviers de puissance. Il a explicitement fait référence à l’instrument « anti-coercition » de l’Union européenne. Ce mécanisme, conçu pour défendre les intérêts des Vingt-Sept face aux pressions économiques étrangères, doit selon lui être utilisé dès lors que la souveraineté européenne est testée.
Cette posture défensive s’accompagne d’un appel à une plus grande autonomie stratégique. « L’Europe doit défendre le multilatéralisme, qui sert nos intérêts et ceux de tous ceux qui refusent de se soumettre à la force brute », a-t-il martelé, plaidant pour des solutions collaboratives malgré les frictions actuelles.
**Le diagnostic des trois déséquilibres mondiaux**
Sur le plan strictement économique, le président français a livré une analyse structurelle des failles qui menacent la stabilité mondiale. Il identifie trois pôles de déséquilibre majeurs :
* Une surconsommation chronique aux États-Unis ;
* Une sous-consommation couplée à un surinvestissement en Chine ;
* Un déficit d’investissement et de compétitivité en Europe.
Pour corriger le tir sur le Vieux Continent, la solution préconisée par Paris passe par un effort massif d’investissement dans des secteurs de pointe. L’intelligence artificielle, les technologies quantiques, l’économie verte ainsi que la défense et la sécurité sont désignées comme les priorités absolues pour restaurer la compétitivité européenne.
Alors que la Commission européenne promet déjà une réponse « ferme » aux menaces commerciales américaines, ce discours à Davos pose les jalons des discussions à venir au sein du G7, dont la France assure la présidence cette année.