La filière avicole sénégalaise traverse une crise sans précédent, menacée par une vague d’importations illicites. Lors d’un point de presse tenu à son siège à Diamniadio, l’Interprofession avicole du Sénégal (Ipas) a tiré la sonnette d’alarme sur l’ampleur d’un trafic qui fragilise l’économie nationale et expose les consommateurs à des risques sanitaires majeurs.
Selon les informations relayées par le journal Le Quotidien, le marché local est actuellement inondé par des flux informels massifs provenant de pays limitrophes. Le président de l’Ipas, Dr El Hadji Mamadou Diouf, a dévoilé des chiffres édifiants : près de 30 000 tonnes de surplus, correspondant à environ 20 millions de poulets, ont été introduites frauduleusement sur le territoire. Cette situation génère un manque à gagner estimé à 124 milliards de francs CFA pour l’économie sénégalaise. L’impact se ressent également au niveau de la fiscalité, avec des pertes annuelles évaluées à 4,8 milliards de francs CFA pour le Trésor public, menaçant directement les emplois et la souveraineté industrielle du secteur.
Au-delà du préjudice financier, l’Ipas alerte sur un processus sanitaire hors de contrôle. L’organisation qualifie ces produits de « poulets morgues ». D’après le Dr Diouf, ces volailles subissent des cycles de congélation et de décongélation non maîtrisés par les réseaux impliqués, ce qui favorise la prolifération bactérienne. Ces importations illégales échappent à tout contrôle vétérinaire, national ou international, et n’offrent aucune garantie quant à leur date de production.
Face à cette situation, l’Interprofession a décidé de durcir le ton. Tout en saluant les récentes saisies effectuées par la Douane, l’Ipas a annoncé sa décision de se constituer systématiquement partie civile contre tout fraudeur ou revendeur identifié dans ces circuits de trafic.
Sur le plan de l’approvisionnement, les acteurs de la filière assurent que la production locale est en mesure de couvrir la demande. Pape Moussa Guèye, président des accouveurs, précise que la production nationale se situe entre 75 et 80 millions de poulets, ce qui garantit l’autosuffisance du pays, bien que la consommation locale reste faible (5,5 kg par habitant et par an, contre une moyenne mondiale de 17 kg). L’Ipas a ainsi garanti la disponibilité en quantité suffisante de poulets locaux pour les approvisionnements liés aux fêtes de la Korité et de la fin du Carême.