La reprise des autorisations dans la pêche démersale côtière ravive les tensions sur plusieurs quais de pêche, dans un contexte de raréfaction des ressources et de baisse des revenus des artisans. La Coalition nationale pour une pêche durable (Conaped) rejette l’attribution récente de licences à des navires industriels et demande le retrait immédiat de l’arrêté, ainsi que le maintien du gel en vigueur depuis 2006.
L’organisation estime que cette décision remet en cause les engagements pris dans la Charte pour une pêche durable et les mesures appliquées depuis près de vingt ans pour protéger des espèces jugées fragilisées. Comme l’a rapporté LII Quotidien, elle cite notamment le thiof, la courbine, le poulpe et les crevettes côtières. La controverse porte aussi sur l’usage du chalutage de fond par des navires industriels, une technique contestée pour ses effets sur les habitats marins et les captures accidentelles d’espèces vulnérables.
Quelques jours plus tôt, le ministère avait annoncé l’attribution de quatre licences de pêche démersale côtière à un armement sénégalais, après les travaux de la Commission consultative d’Attribution des Licences de Pêche du 12 mai 2026. La ministre des Pêches, Fatou Diouf, avait ensuite soutenu devant l’Assemblée nationale que quatre licences avaient été accordées, et non cinq, en précisant que depuis 2024, deux licences seulement avaient été signées après contrôle des formalités administratives. Elle avait aussi invoqué le rapport du CRODT, faisant état d’une disponibilité de moins de 3.000 tonnes pour la pêche côtière.
La Conaped conteste justement la lecture faite des conclusions scientifiques du Centre de recherches océanographiques de Dakar-Thiaroye. Selon elle, les marges d’exploitation évoquées pour certaines espèces ne pouvaient être dissociées d’un encadrement strict destiné à éviter l’effondrement des stocks. Elle met aussi en avant l’impact social de la mesure, en estimant qu’un renforcement de la pêche industrielle exposerait des milliers d’emplois liés à la pêche artisanale et à la transformation locale des produits halieutiques.
L’organisation met également en cause la régularité de la procédure. Elle juge la Commission consultative d’attribution des licences de pêche insuffisamment ouverte aux professionnels et à la société civile, avec un fonctionnement trop favorable à l’administration. Dans sa déclaration, La Conaped relève aussi que le communiqué ministériel situe la réunion de la CCALP au 12 mai 2026, alors que l’arrêté ministériel contesté est daté du 30 avril 2026.