Pape Ousmane Thiaw alerte sur une « cohabitation fonctionnelle » et un référendum « défouloir »

Lors de son entretien avec le quotidien EnQuête+, Pape Ousmane Thiaw, prospectiviste et enseignant-chercheur en science politique à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), a livré une lecture détaillée des récents bouleversements au sommet de l’État sénégalais. Interrogé sur le départ d’Ousmane Sonko de la Primature et son installation à la présidence de l’Assemblée nationale, l’universitaire parle d’une « véritable cohabitation fonctionnelle », une configuration inédite dans l’histoire post-indépendance du pays.

Pour Pape Ousmane Thiaw, ce basculement ne relève pas d’un simple réaménagement institutionnel. Il signe la fin du tandem exécutif qui avait porté l’alternance en 2024 et déplace le centre de gravité du pouvoir vers le Parlement, où le parti Pastef, dirigé par l’ancien Premier ministre, dispose de 130 députés. « Nous assistons à l’émergence d’une véritable cohabitation fonctionnelle, plutôt inédite », souligne-t-il, en rappelant que cette situation interroge l’équilibre institutionnel hérité de la Constitution de 2001. Cette analyse fait écho à celle de l’universitaire Maurice Soudieck Dione, qui pointait en janvier 2026 une « rivalité » structurelle entre les deux hommes, comparable aux crises Senghor-Dia ou Wade-Idrissa Seck.

Abordant le rejet par les députés de plusieurs amendements gouvernementaux lors de la récente réforme constitutionnelle, le chercheur y voit d’abord une « affirmation de souveraineté législative » et un indicateur de vitalité démocratique. Mais il reconnaît aussi une dimension conflictuelle : ce désaveu inflige un revers au président Bassirou Diomaye Faye et révèle des lignes de fracture au sein de la majorité. Évoquant l’option d’un référendum, avancée par le ministre de la Justice, Pape Ousmane Thiaw met en garde : « dans un climat de tensions internes, un référendum pourrait se transformer en défouloir contre l’Exécutif ». Il estime toutefois que la promulgation directe est juridiquement défendable, même si elle laisse en suspens la question de principe de soumettre systématiquement de telles révisions au peuple. Cette prudence contraste avec le discours de fermeté tenu en juin 2026 lors du premier congrès de Pastef, où Ousmane Sonko, réélu à la tête du parti, avait affiché sa volonté de réorganiser la souveraineté.

Concernant le limogeage, quelques jours après le vote de la réforme, de plusieurs directeurs généraux réputés proches d’Ousmane Sonko, l’enseignant-chercheur rappelle que le Président de la République dispose de la prérogative constitutionnelle de nommer et de révoquer les dirigeants des structures stratégiques de l’État. Une décision qui, pour des observateurs comme Assane Ndir, membre de la Coalition Diomaye Président, relève d’une « séparation institutionnelle, pas idéologique », comme il l’avait déjà souligné en décembre 2025.

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