L’escalade militaire franchit un nouveau palier au Moyen-Orient. Alors que les bombardements s’intensifient, ciblant désormais des infrastructures civiles et de nouveaux quartiers, une guerre psychologique et technologique se déploie en parallèle dans le ciel de la capitale libanaise.
L’aviation israélienne a procédé, vendredi, au largage de tracts au-dessus de Beyrouth. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, ces documents comportent une menace explicite de reproduire au Liban le niveau de destruction observé dans la bande de Gaza. Un second type de tract, appelant les citoyens à désarmer le Hezbollah, intègre des QR codes renvoyant vers des plateformes de messagerie. Face à cette méthode, l’armée libanaise a formellement déconseillé à la population de scanner ces codes. Le correspondant d’Al Jazeera précise que ces liens visent à connecter les utilisateurs aux services de renseignement israéliens dans un but de recrutement.
Sur le terrain, les frappes s’étendent. Pour la première fois depuis le début de cette offensive le 2 mars, l’armée israélienne a ouvertement reconnu avoir détruit une infrastructure civile. Le pont de Zrarieh, qui enjambe le fleuve Litani dans le sud du pays, a été anéanti. L’État hébreu justifie cette action par des mouvements supposés de combattants du Hezbollah, sans toutefois en fournir la preuve. Le ministre israélien de la Défense, Israel Katz, a prévenu que le gouvernement libanais paierait un prix croissant en termes d’infrastructures et de territoires tant que le mouvement chiite conserverait son arsenal. Une dynamique militaire qui aggrave la crise au Liban.
Les bombardements ont également touché des zones inédites de Beyrouth, notamment les quartiers de Bourj Hammoud, Jnah et Nabaa. Au sud, les frappes ont coûté la vie à neuf personnes, dont cinq enfants, à Arki, et huit autres dans le secteur de Fawwar. Le ministère libanais de la Santé publique dresse un bilan lourd : 773 morts et 1 933 blessés depuis le début de cette nouvelle phase du conflit. Plus de 800 000 civils ont été contraints de fuir leurs domiciles. Le ministre de l’Intérieur, Ahmad al-Hajjar, a concédé que les capacités d’accueil de l’État étaient désormais saturées.
La situation humanitaire alarmante a motivé la visite à Beyrouth du Secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, qui a sollicité un fonds d’urgence de 308 millions de dollars. Parallèlement, un groupe de douze experts indépendants des Nations Unies, incluant la rapporteuse spéciale Francesca Albanese, a qualifié les ordres d’évacuation israéliens, couvrant désormais 14 % du territoire libanais, de mesures illégales. Ils ont averti que ces déplacements forcés, couplés aux bombardements massifs, s’apparentaient à des crimes de guerre.