Ce mercredi, le Musée historique de Gorée a accueilli le vernissage de l’exposition « KU ÑAAN ÑÀKK, SOO JENDEE AM », organisée dans le cadre du colloque international sur les « Souverainetés et restitutions des biens culturels ». Une initiative qui met en lumière le patrimoine religieux d’Afrique de l’Ouest conservé en Occident, tout en ouvrant une réflexion sur les mécanismes de retour des œuvres.
Photographies de cheikhs issus des différents courants soufis ouest-africains, objets et accessoires rituels chargés d’histoire et de spiritualité : l’exposition dévoile une mémoire dispersée, souvent méconnue du grand public. Le vernissage a été suivi d’une table ronde et d’un atelier réunissant chercheurs et spécialistes autour des enjeux contemporains de la restitution.
Parmi eux, Mamaram Seck, enseignant-chercheur à l’Institut fondamental d’Afrique noire, rappelle que le débat ne date pas d’hier. « La restitution n’est pas un sujet nouveau, mais depuis le discours de 2017 d’Emmanuel Macron, un intérêt brusque est apparu », souligne-t-il.
Selon lui, le contexte politique en Afrique de l’Ouest, marqué par des régimes se revendiquant souverainistes, confère aujourd’hui une dimension particulière à la question. « Le colloque final du programme ANR “Retour”, qui se tient à Dakar, devait aborder la souveraineté en lien avec la restitution », explique-t-il.
Sur le nombre d’objets conservés à l’étranger, l’incertitude demeure. Beaucoup restent stockés dans les réserves de musées européens, invisibles au public. « Ce que nous voyons exposé ne représente même pas 5 % de ce qui est détenu », affirme le chercheur, estimant à des centaines les objets toujours conservés hors du continent.