Une vaste opération militaire menée en fin de semaine a provoqué une onde de choc à travers le Mexique. Alors que les forces de sécurité ont ciblé l’une des figures les plus recherchées du narcotrafic avec l’appui des services de renseignement américains, les représailles ne se sont pas fait attendre, plongeant une grande partie du pays dans un climat de haute tension.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, les forces spéciales mexicaines ont abattu Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho ». Âgé de 59 ans, il dirigeait le redoutable cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG). L’intervention s’est déroulée dimanche à Talpalpa, dans le sud de l’État de Jalisco. La Maison Blanche, par la voix de sa porte-parole Karoline Leavitt, a confirmé que les États-Unis avaient fourni des renseignements cruciaux pour cette mission, qui s’est également soldée par la mort de trois autres membres du cartel et par deux arrestations.
Dans les heures qui ont suivi cette annonce, des violences coordonnées ont éclaté dans au moins 20 des 32 États mexicains, dont le Jalisco, le Michoacan et le Guanajuato. Des hommes armés ont incendié des véhicules et érigé des barricades sur les axes routiers. Le bilan provisoire fait état de 14 morts, dont sept membres de la Garde nationale. À Guadalajara, la capitale du Jalisco, les transports publics ont été suspendus, des écoles fermées et quatre matchs de football reportés. L’ambassade des États-Unis a émis une alerte de sécurité recommandant à ses ressortissants de rester confinés dans plusieurs régions.
Ancien policier présumé devenu l’un des fugitifs les plus traqués par Washington — qui offrait une prime de 15 millions de dollars pour sa capture —, « El Mencho » avait fondé le CJNG vers 2009. L’organisation est considérée par l’agence américaine antidrogue (DEA) comme la principale responsable, avec le cartel de Sinaloa, du trafic de fentanyl vers les États-Unis. Le narcotrafiquant s’était illustré par ses méthodes d’intimidation brutales et ses investissements massifs dans des sous-marins, conçus avec l’aide d’ingénieurs navals russes, pour acheminer la drogue depuis l’Amérique du Sud.
Cette élimination marque une inflexion dans la politique sécuritaire mexicaine. La présidente Claudia Sheinbaum a publiquement salué l’action des forces armées, actant une rupture avec la stratégie de son prédécesseur qui privilégiait une approche moins frontale face aux criminels. Si cette opération pourrait renforcer la position de Mexico dans ses futures négociations avec l’administration de Donald Trump, les experts interrogés par Al Jazeera redoutent les conséquences immédiates. La mort d’« El Mencho » laisse un vide au sommet du cartel, faisant craindre aux spécialistes une nouvelle vague d’assassinats, alors que le gouvernement venait d’enregistrer une baisse de 37 % du nombre de meurtres quotidiens depuis octobre.