L’effervescence s’empare des ruelles des médinas marocaines avec l’avènement du mois de Ramadan. Période faste pour les échoppes de poterie, de maroquinerie et de vêtements traditionnels, ce mois sacré met en lumière un secteur qui emploie près de 22 % de la population active du Royaume. Toutefois, derrière ce regain d’activité saisonnier, les professionnels font face à une conjoncture économique tendue qui les pousse à ajuster leur stratégie commerciale.
Au cœur de la médina de Rabat, la rue des Consuls illustre cette dynamique. Les artisans maroquiniers y multiplient la confection d’articles en cuir, une matière première locale ou importée d’Italie et du Portugal. Selon l’agence Anadolu, cette production se heurte actuellement à une augmentation globale des coûts de fabrication. Pour y faire face, les artisans ont pris la décision de rogner sur leurs marges bénéficiaires. L’objectif de cette concession financière est de maintenir des prix de vente stables afin de ne pas éloigner les acheteurs locaux et les touristes étrangers, véritables moteurs de cette activité.
Le poids de l’artisanat dans l’économie marocaine est structurel. Le secteur génère environ 7 % du produit intérieur brut (PIB) et fait vivre 2,7 millions de personnes, majoritairement en milieu rural. Les données officielles consultées par notre rédaction indiquent que les ventes locales destinées aux touristes ont atteint l’équivalent d’un milliard de dollars en 2025. À l’international, les exportations affichent une hausse de 11 % par rapport à l’année précédente, s’établissant à 123 millions de dollars. Les États-Unis se positionnent comme le premier client du Royaume, absorbant 44 % des exportations artisanales, loin devant la France (14 %) et l’Espagne (7 %). La poterie domine ces échanges extérieurs avec 36 % des volumes, suivie par les tapis (20 %) et les vêtements traditionnels (13 %).
Malgré ces indicateurs commerciaux positifs, la pérennité du savoir-faire artisanal reste fragile. Le désintérêt des jeunes générations et la concurrence des produits industriels à bas coût menacent la transmission de ces métiers, traditionnellement enseignés par des maîtres artisans ou au sein du cercle familial.
Face à ce constat, le gouvernement marocain a identifié 32 métiers en voie de disparition sur les 150 que compte le secteur. Un programme de sauvegarde a été déployé en mars 2024 pour protéger ces professions spécifiques. En parallèle, les autorités poursuivent l’intégration des travailleurs dans le circuit formel pour améliorer leurs conditions de vie : environ 440 000 artisans figurent désormais sur le Registre national de l’artisanat, et plus de 660 000 sont inscrits à la Caisse nationale de sécurité sociale.