Aux Maldives, la police a perquisitionné dans la nuit de lundi à mardi les locaux du média en ligne Adhadhu Online, critique envers le pouvoir, après la diffusion d’un documentaire accusant le président Mohamed Muizzu d’avoir eu une relation avec une ancienne collaboratrice. Deux responsables du média ont également été empêchés de quitter le pays, selon les éléments communiqués mardi.
D’après Al Jazeera, l’opération a eu lieu quelques heures après un appel public du chef de l’État demandant aux « autorités compétentes » d’engager des poursuites contre toutes les personnes ayant diffusé ce qu’il a qualifié de « mensonges sans fondement ». Le ministre de la Sécurité intérieure, Ali Ihusaan, a défendu l’intervention policière sur X, estimant que les forces de l’ordre avaient eu raison d’enquêter sur des accusations « fausses » d’adultère visant le président. Il a ajouté que la liberté de la presse était garantie, mais qu’elle ne donnait pas le droit de « détruire des réputations avec des mensonges ».
Le documentaire en cause, intitulé Aisha, a été publié le 28 mars sur les comptes X et Facebook d’Adhadhu. Il contient le témoignage d’une femme se présentant comme une mère célibataire de 22 ans, affirmant avoir eu une relation sexuelle avec Mohamed Muizzu l’an dernier, peu après son arrivée au Bureau du président en tant qu’administratrice. Le président maldivien, âgé de 47 ans, est marié et père de trois enfants. La diffusion de cette vidéo est intervenue quelques jours avant un référendum constitutionnel du 4 avril, au cours duquel 69 % des votants ont rejeté une proposition gouvernementale visant à aligner les calendriers des élections présidentielle et législatives.
Selon le directeur général d’Adhadhu, Hussain Fiyaz Moosa, la police a mené une fouille de près de quatre heures et saisi des ordinateurs portables de journalistes, d’agents administratifs et de personnels marketing, ainsi que des disques durs et des clés USB. Il a déclaré à Al Jazeera que le mandat autorisait uniquement la fouille et l’inspection des lieux. Un autre mandat émis ensuite par un tribunal pénal a imposé une interdiction de voyager à son encontre ainsi qu’à l’éditeur Hassan Mohamed, avec confiscation de leurs passeports jusqu’au 26 juillet. L’ordonnance s’appuie sur un rapport de renseignement policier affirmant qu’ils envisageaient de fuir le pays.
Le mandat de perquisition mentionne l’infraction de « qazf », qui sanctionne la fausse accusation d’adultère ou de relation sexuelle illicite. D’après les informations rapportées par Al Jazeera, cette infraction est passible de un an et sept mois de prison et peut aussi entraîner 80 coups de fouet. Une lettre du nouveau régulateur des médias, ainsi qu’un rapport de renseignement de la police, figurent parmi les éléments présentés pour obtenir l’autorisation judiciaire. Le média Adhadhu est présenté comme proche du Maldivian Democratic Party, parti d’opposition.
Cette affaire relance les inquiétudes sur la liberté de la presse dans cet archipel musulman sunnite. Le Committee to Protect Journalists a demandé mardi la restitution du matériel saisi et la levée des interdictions de voyager. L’Association des journalistes des Maldives a également dénoncé une intimidation des professionnels des médias. Al Jazeera précise par ailleurs être dans l’attente d’une réponse complémentaire du gouvernement maldivien sur les accusations formulées par le directeur d’Adhadhu.