Macron-Faye à New York : la dette en toile de fond, Paris pèse au Club de Paris

Emmanuel Macron et Bassirou Diomaye Faye se sont rencontrés mardi à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies. Leur échange survient alors que le Sénégal fait face à une crise financière et cherche une issue à la question de sa dette.

La présidence sénégalaise indique que les deux dirigeants ont abordé leur partenariat, son possible approfondissement, les questions de paix et de sécurité internationales ainsi que la succession d’António Guterres à la tête de l’ONU. La dette ne figure pas parmi les sujets officiellement cités. Dans son analyse publiée par Mondafrique, la rencontre est toutefois replacée dans le contexte des besoins financiers pressants du Sénégal.

Les portes du financement à rouvrir

« L’enjeu, c’est la dette », estime Pape Amadou Fall, journaliste et analyste politique sénégalais, qui évoque la recherche de nouvelles marges financières. Avant son entretien avec le président français, Bassirou Diomaye Faye avait enchaîné plusieurs rendez-vous. À Washington, il a rencontré Ajay Banga, président de la Banque mondiale, puis Kristalina Georgieva, directrice générale du Fonds monétaire international (FMI).

Ces discussions ont eu lieu quelques jours après la conclusion d’un accord avec le FMI pour un programme de trois ans pouvant atteindre 2,2 milliards de dollars. Le conseil d’administration du Fonds doit encore donner son aval. Le président sénégalais s’est ensuite rendu à Abou Dhabi, où l’investissement était au centre des échanges, avant de revenir aux États-Unis pour l’Assemblée générale de l’ONU.

À Dakar, l’issue des négociations est suivie de près. Pape Amadou Fall considère qu’un accord final avec le FMI pourrait faciliter le retour des financements et des investisseurs. Il estime aussi que l’appui français, s’il s’accompagne de l’approbation du Fonds, pourrait compter dans les discussions liées au Club de Paris.

Les leviers français face à la dette

La France dispose d’une voix au conseil d’administration du FMI et détient plus de 4 % des droits de vote. Elle n’y possède pas de droit de veto, mais son avis compte. Paris occupe aussi une place importante au Club de Paris, qui rassemble des États créanciers et dont la présidence est traditionnellement confiée au directeur général du Trésor français. La France ne tranche pas seule, mais son soutien peut peser dans le traitement de la dette sénégalaise.

Le texte compare également les niveaux d’endettement des deux pays : 120 % du produit intérieur brut pour la France, contre 130 % pour le Sénégal. Cette proximité ne signifie pas que les deux économies disposent des mêmes conditions d’emprunt. La France emprunte en euros et conserve un accès aux marchés financiers bien plus large que celui du Sénégal. Cette différence nourrit, chez certains Sénégalais, un sentiment d’injustice et des interrogations sur la souveraineté économique.

Paris et Dakar, des intérêts croisés

La relation présente aussi des enjeux pour la France. Après le recul de son influence en Afrique de l’Ouest, Paris a intérêt à préserver ses liens avec le Sénégal. Sa présence économique y reste importante : les entreprises françaises emploient plusieurs dizaines de milliers de personnes dans le pays.

Le rapprochement avec Paris confronte Bassirou Diomaye Faye à un arbitrage entre la recherche d’appuis extérieurs et la souveraineté qu’il a placée au cœur de son accession au pouvoir. Le traitement de la dette du Sénégal au Club de Paris s’inscrit dans cet enjeu, alors que Dakar cherche à négocier sa relation avec la France sans donner l’image d’un retour à la dépendance.

Le stock des investissements français au Sénégal atteignait près de 3 milliards d’euros à la fin de 2024.

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