Macky Sall : L’échappée New-Yorkaise ou le paradoxe d’une ambition sans patrie ? (Par Alioune Ndiaye)


Le destin politique de Macky Sall qui a « le Sénégal au cœur » s’écrit désormais loin des rives du fleuve Sénégal et du sel salé de Sine Saloum. Il s’étripe dans les salons feutrés de Marrakech et les chancelleries d’Afrique de l’Est.
Il y a des départs qui sont des pauses, et d’autres qui sont des stratégies. Celui de Macky Sall n’a jamais été un retrait républicain. C’était une extraction. Une disparition calculée au moment précis où le sol sénégalais devenait trop instable pour continuer à y marcher sans rendre de comptes. Le choix de Marrakech n’est pas anodin : assez loin pour échapper à la pression nationale, assez proche pour rester dans les salons diplomatiques. Ce n’est pas un exil contraint, c’est un exil d’opportunité.

Depuis lors, tout s’est joué hors du Sénégal. Les mots, les images, les alliances. L’ancien président n’a pas cherché à répondre aux accusations, ni à dialoguer avec le nouveau pouvoir, ni à accompagner la transition dans un esprit de continuité nationale. Il a changé de registre : devenir opposant au régime actuel et se battre avec tous les moyens. Pendant que le pays se débattait avec la dette, la colère sociale et la recomposition de son modèle politique, lui parlait climat, gouvernance mondiale, paix universelle. Le contraste n’est pas une coïncidence, c’est une ligne.


La candidature supposée au poste de secrétaire général de l’ONU en est l’aboutissement logique. Elle révèle une vision profondément verticale du pouvoir : quand le peuple conteste, on s’adresse au monde ; quand la nation questionne, on cherche l’onction internationale. Et surtout, on évite soigneusement de passer par Dakar. Être porté par un autre État africain n’est pas un détail technique, c’est un contournement politique assumé. Le Sénégal devient un problème à gérer plus tard, ou jamais.
Ce geste est lourd de sens. Il signifie que Macky Sall ne reconnaît pas la centralité du jugement national. Il suggère que la scène internationale serait un tribunal plus indulgent, plus abstrait, moins exigeant que le débat démocratique interne. C’est une négation subtile mais réelle de la souveraineté populaire : si l’ONU valide, alors le Sénégal devra se taire. Voilà la logique implicite.


Mais cette logique se heurte à une réalité brutale. On ne devient pas secrétaire général des Nations unies avec un pays fracturé derrière soi. On ne prétend pas incarner la neutralité mondiale quand on est encore une figure clivante, accusée d’avoir durci le jeu politique, d’avoir laissé une situation financière opaque et d’avoir fui le moment de l’explication. Le monde n’aime pas les candidats qui exportent leurs conflits internes sous couvert de grandeur universelle.
Le plus ironique, c’est que cette ambition internationale survient au moment même où le Sénégal tente de redéfinir sa place régionale. Ousmane Sonko, qu’on le soutienne ou non, porte une ligne claire : parler à l’AES sans se dissoudre dans l’aventure, rester dans l’UEMOA tout en contestant ses dogmes, redonner au pays une voix propre. Dans cette recomposition délicate, la candidature de Macky Sall agit comme un sabotage symbolique. Elle réintroduit l’ancien régime par le haut, au moment où le pays essaie d’en tourner la page par le bas.
Cette candidature, si elle est réelle, n’est donc pas une fierté nationale. C’est une fuite en avant. Une tentative de sanctuarisation internationale face à un procès politique non terminé. Un pari risqué : celui de croire que la hauteur efface les traces, que l’ONU lave ce que l’histoire nationale n’a pas encore jugé.
Mais aucun immeuble institutionnel, fût-il onusien, ne permet d’échapper à son propre pays. On peut quitter le Sénégal physiquement, on peut le contourner diplomatiquement, on peut parler au monde entier mais on n’efface pas ce qu’on a laissé derrière soi. Et surtout, on ne devient pas le gardien du multilatéralisme quand on refuse encore d’affronter pleinement le débat démocratique chez soi.
Si Macky Sall vise réellement l’ONU, alors la question n’est plus celle de sa carrière, mais celle de notre époque : une époque où certains dirigeants pensent pouvoir solder leur bilan national par une consécration internationale. Une époque où l’extérieur sert de refuge quand l’intérieur exige des comptes. Une époque dangereuse, parce qu’elle confond grandeur mondiale et responsabilité nationale.


Alioune NDIAYE

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8 commentaires

  1. Estimez-vous heureux, si ce n’est pas à l’ONU ce sera le Sénégal par un retour triomphant : le peuple sénégalais a un énorme regret de vous avoir aux commandes…
    Manque de savoir vivre est un énorme défaut…

  2. L’assemblée nationale du Sénégal est responsable si sa mise en accusation était acté il aurait d’autres priorités a faire que de penser à une candidature au poste de secrétaire général les nations unies la CPI a plus besoin de lui que les nations unies tueur d’enfants

  3. Un texte long comme un fleuve sans consistance aucune parce que fait d’allusions, de calomnies, de contre-vérités, de haine surtout contre un compatriote qui a eu, par la confiance de sénégalais, à exercer le pouvoir pendant plus de 12 ans. Sorti libre, ovationné devant les grilles jusqu’à l’aéroport où les nouvelles autorités lui ont donné l’avion presidentiel vers le Maroc après un court séjour en Arabie Saoudite et à Dubai.
    Le président FAYE à signé le décret permettant à son successeur pour jouer des avantages et émoluments prévus à cet effet. Où est la fuite? Soyons sérieux. Ce long texte aurait pu avoir plus de consistance s’il traitait de sujet pouvant contribuer à aider les nouvelles autorités dans leur difficile et noble mission au service de la nation. Ces clins d’œil aux autorités pour obtenir un strapontin ne sauraient passer grâce à l’œil alerte du Premier ministre par ailleurs patron du Puissant Pastef.

  4. Quand l’ONU valide, le Sénégal devra se taire oui mais Maky Sall n’avait jamais respecté celà au paravent. Souvenez-vous quand il avait des problèmes avec Khalifa Sall et Karim Wade seulement il n’y a pas longtemps.

  5. C’est avec regret qu’il faut constater qu’il a volé notre argent qui lui aurait servi pour amadouer les milieux mafieux et influents pour aspirer à ce poste . Du vrai gachi, le Sénégal ne le soutiendra jamais et le monde particulièrement l’Afrique va devoir le gérer en dehors du Sénégal qui l’a vu naître.

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