La lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme en Afrique de l’Ouest doit impérativement évoluer. C’est le message fort délivré lundi à Saly par Edwin W. Harris Jr., le directeur général du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment de capitaux (GIABA), à l’ouverture du Sommet ouest-africain sur la conformité 2026.
Placée sous le thème « Transformer la conformité : intégrer la gouvernance, le risque d’entreprise et la LBC/FT/FP à l’ère de la technologie », cette rencontre a réuni experts, autorités de régulation et professionnels. Selon M. Harris Jr., les dispositifs cloisonnés d’autrefois sont dépassés : « Les approches cloisonnées traditionnelles ne suffisent plus à appréhender les risques interconnectés, découlant de la finance numérique, des activités transfrontalières et des typologies criminelles avancées », a-t-il expliqué.
Les évaluations mutuelles récentes, a indiqué l’APS, pointent des insuffisances notables. Le patron du GIABA a cité des « lacunes dans le suivi des transactions », des « déficiences dans la déclaration des opérations suspectes », une « compréhension limitée des risques » et des « faiblesses dans les procédures de vigilance à l’égard de la clientèle ». Pour lui, ces défaillances « affectent directement la crédibilité et la réputation des systèmes financiers de la région ».
Ces constats rejoignent les alertes déjà émises au Sénégal. En mai dernier, la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) mettait en garde, dans son rapport d’activités 2025, contre les risques liés aux fintechs et aux crypto-actifs, soulignant la complexification de la traçabilité des flux financiers. La semaine dernière, la CEDEAO a réuni à Saly-Portudal des organisations de la société civile pour renforcer leur implication dans la lutte contre le blanchiment, en prévision des futures évaluations du GIABA.
Mais au-delà des constats, M. Harris Jr. a mis l’accent sur une nécessaire refonte des pratiques. « Les pays ne seront pas seulement évalués sur l’existence de lois et de règlements, mais aussi sur leur capacité à produire des résultats mesurables dans la lutte contre la criminalité financière », a-t-il prévenu, appelant superviseurs et entités déclarantes à mieux coopérer. Il a aussi salué le Sénégal, parvenu à quitter la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI).

