Le Premier ministre britannique a officiellement lancé une offensive législative visant à encadrer strictement l’usage des technologies numériques par les plus jeunes. Au cœur de cette stratégie : une régulation accrue des chatbots et une réflexion avancée sur une interdiction d’accès aux plateformes sociales qui pourrait redéfinir les standards de protection de l’enfance en Europe.
La protection des mineurs en ligne prend une tournure politique majeure au Royaume-Uni. Face à l’évolution rapide des technologies, le gouvernement de Keir Starmer ne souhaite plus attendre des années pour légiférer à chaque innovation technique. L’exécutif britannique a annoncé, ce lundi, sa volonté d’obtenir des pouvoirs élargis pour réguler l’accès à internet, ciblant en priorité les dangers posés par l’intelligence artificielle et l’exposition précoce aux réseaux sociaux.
Une offensive ciblée contre les chatbots
Le premier volet de cette initiative concerne directement les agents conversationnels basés sur l’intelligence artificielle. Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Downing Street entend cibler les « contenus vils et illégaux créés par l’IA ». Les fournisseurs de ces chatbots devront se conformer aux lois de sécurité numérique existantes, notamment celles interdisant la création d’images sexualisées sans le consentement du sujet.
Cette mesure fait écho à des incidents récents, notamment la diffusion d’images intimes non consensuelles générées par le chatbot Grok sur la plateforme X d’Elon Musk. Pour Keir Starmer, la loi doit impérativement rattraper la technologie : « Nous agissons pour protéger le bien-être des enfants et aider les parents à naviguer dans le champ de mines des médias sociaux », a-t-il déclaré.
Vers une interdiction pour les moins de 16 ans ?
Au-delà de l’IA, le gouvernement britannique lance une consultation publique dès le mois de mars pour évaluer la faisabilité d’une mesure plus radicale : l’interdiction des réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans. Cette consultation examinera également la possibilité d’empêcher les mineurs d’utiliser des réseaux privés virtuels (VPN) pour contourner les restrictions d’âge, notamment pour l’accès à la pornographie.
L’objectif affiché est d’intégrer ces mesures sous forme d’amendement à la législation existante sur la criminalité et la protection de l’enfance. Le gouvernement souhaite pouvoir agir sur les conclusions de cette consultation « en quelques mois », évitant ainsi les longs processus parlementaires habituels.
Le précédent australien comme modèle
Cette initiative s’inscrit dans une tendance mondiale de durcissement réglementaire. L’Australie a récemment ouvert la voie en devenant la première nation à interdire l’accès aux plateformes comme Instagram, TikTok ou Facebook aux moins de 16 ans. Depuis l’entrée en vigueur de cette loi, environ 4,7 millions de comptes identifiés comme appartenant à des mineurs ont été supprimés par les géants du numérique, sous peine d’amendes pouvant atteindre 49,5 millions de dollars australiens (environ 33 millions de dollars américains).
Si le projet bénéficie d’un large soutien politique au Royaume-Uni, y compris de l’opposition conservatrice, il soulève néanmoins des défis techniques et éthiques. La mise en place de vérifications d’âge strictes pourrait avoir des répercussions sur la vie privée des utilisateurs adultes et leur accès à certains services, une préoccupation qui alimente déjà les débats en France où une législation similaire est à l’étude.