L’ouvrage du penseur sénégalais et éminent spécialiste de l’islam et du soufisme est paru hier à Dakar avec la préface de Serigne Ahmed Tidiane Sy. Le préfacier revient sur le sens de cet ouvrage mais surtout l’urgence de repenser la l’enseignement spirituel de Cheikh El Hadji Malick Sy afin de le rendre plus accessible et surtout le sortir des particularismes et de le replacer dans le courant de l’universel.
Préface
Par Serigne Cheikh Tidiane Sy Al-Amine
Il est des âmes dont la lumière, bien qu’éclatante, se dérobe à l’éclat des regards, préférant l’ombre discrète de l’humilité à la clameur de la gloire et du narcissisme. Le reflet de leur âme continue d’éclairer les générations bien après leur départ. L’érudit soufi que célèbre ce livre appartient à cette catégorie rare : celle des maîtres qui ne se définissent pas seulement par l’ampleur de leur savoir, mais par la lumière intérieure qui transparaissait à travers chacun de leurs enseignements.
Ce livre est un recueil de témoignages vivants, puisés auprès de ses contemporains et de ses successeurs, qui tous ont été marqués par l’empreinte indélébile de son érudition et de sa sainteté. Des figures éminentes comme Serigne Hady Touré, Serigne Alioune Guèye, ou encore les oulémas mauritaniens Cheikh Muhammad Tabaan Al-Majlisi et Tijân Ibn Bâba Al-‘Alawî, ont reconnu en lui non seulement un maître accompli, mais une mer de connaissances « sans rivages ».
Cheikh El Hadji Malick Sy, que l’affection populaire nomme Maodo, est de ces figures rares, dont l’héritage spirituel et intellectuel continue d’irradier les cœurs, non par l’ostentation, mais par la profondeur d’une vie soufie dédiée à Dieu et à l’humanité. Dans son ouvrage Soufisme d’El Hadji Malick Sy, l’éclat de l’humilité, Bakary Sambe, avec une érudition empreinte de ferveur qui ne lui enlève en rien sa scientificité, entreprend de faire revivre cet héritage, recueillant les témoignages qui, tels des éclats de lumière, dessinent le portrait d’un homme dont l’humilité fut, pour beaucoup, la plus haute des vertus.
Après son précédent ouvrage, Inspirations Malickiennes, sur des prodiges de Tivaouane (2024) que j’avais aussi l’honneur de préfacer, l’auteur nous invite ici à plonger plus profondément dans l’enseignement d’un guide dont la grandeur certaine s’est toujours exprimée dans l’effacement. L’humilité de Maodo, cette qualité si centrale à son être, est, incontestablement, le fil d’or qui traverse son œuvre et sa vie. Comme le disait le grand soufi Jalâlal-DînRûmî dans ses Mathnâwî, : « L’humilité est le miroir de l’âme purifiée ; celui qui s’élève par l’orgueil se voile de la lumière divine ». Cette pensée résonne avec l’approche de Cheikh El Hadji Malick Sy, qui refusait les artifices des miracles ostentatoires pour convaincre, misant sur l’enseignement et l’éducation avec une simplicité désarmante tel que le dit son illustre disciple Serigne Alioune Guèye. Cette humilité, loin d’être une faiblesse, était la force vive qui irriguait ce que Bakary Sambe appelle sa « mission d’islamisation en profondeur » d’une société sénégalaise alors en pleine mutation alliant avec équilibre mais aussi dextérité enseignement, éducation spirituelle et plein engagement sociétal.
L’héritage de Maodose déploie dans une pluralité de domaines tels que les sciences coraniques, la jurisprudence, la poésie panégyrique et les subtilités de la voie soufiemais plus encore que l’accumulation de ce savoir, c’est la manière dont il le dispensait, sa générosité, son humilité et sa bienveillance inépuisable qui demeurent gravées dans la mémoire collective. À travers ses enseignements et son exemplarité d’inspiration prophétique, il offrait une lumière destinée à guider, non à éblouir, à élever, non à écraser.
Par la revivification de divers témoignages de la part d’érudits du Sénégal et d’ailleurs, Bakary Sambe, avec une sensibilité et admiration assumées mais aussi une rigueur intellectuelle exemplaire, s’attache dans cet ouvrage à rendre accessible la dimension spirituelle et philosophique de cet « éclat d’humilité », celui d’un homme qui, par modestie, semble avoir banni le « je » dans son discours. Pour l’auteur, ce refus de l’autoglorification, cette dissolution de l’ego dans la quête de la satisfaction divine, ont rendu impérative la collecte et l’analyse des témoignages les plus divers, de la part de témoins de tous horizons. Ce travail de mémoire, entrepris avec une ferveur presque spirituellement filiale, semble, dans la démarche de l’auteur, répondre à un devoir sacré, celui de transmettre aux générations présentes et futures l’héritage d’un homme dont la discrétion risquerait, sans ces efforts des tiers, de voiler tout l’éclat à ceux qui seraient étrangers à son environnement.
Mais, ce qui rend l’œuvre de Bakary Sambe particulièrement précieuse pour notre temps, c’est sa capacité à rendre la pensée de Maodo accessible à un public universel, bien au-delà des frontières du Sénégal. En s’appuyant sur des citations de figures soufies majeures, l’auteur inscrit la démarche de Maodo dans le courant soufi universel, tout en la rendant intelligible à des lectorats variés. En conceptualisant la pensée de Maodo, en la structurant pour qu’elle parle à des publics divers, qu’ils soient sénégalais, africains ou issus d’autres horizons culturels, Bakary Sambe accomplit, encore une fois, par cet ouvrage, une œuvre d’enseignement qui prolonge l’esprit même de Tivaouane : un lieu, comme il le dit« où la science et la spiritualité se rencontrent pour élever l’âme humaine vers son créateur ».
Ce livre est aussi un chant d’amour à une figure dont l’humilité continue d’éblouir. Il nous rappelle, avec une émotion contenue, que la grandeur véritable réside dans l’effacement qui la met encore plus en exergue. En lisant ces pages, nous sommes invités à contempler non seulement l’héritage de Cheikh El Hadji Malick Sy, mais aussi la responsabilité générationnelle qui nous incombe à tous : celle de porter cette lumière, de la transmettre, de la faire vivre durablement et toujours au plus loin. Bakary Sambe, par son travail, nous offre, ici, un miroir où se reflète l’âme d’un guide, mais aussi la nôtre, appelée à s’élever par l’humilité et la quête de vérité et de la réalisation spirituelle.Que ce livre soit une bénédiction pour ceux qui le liront, un pont entre les cœurs et les esprits, et un hommage vibrant et éternel à Cheikh El Hadji Malick Sy, cette humble lumière dont l’éclat, à travers les témoins éblouis, continue d’illuminer notre chemin.
Lire ces pages, c’est donc entrer dans l’intimité d’une tradition vivante, où les sciences et la spiritualité se répondent et se nourrissent mutuellement. C’est entendre la voix des témoins d’hier, afin qu’elle continue de résonner aujourd’hui et demain. C’est enfin reconnaître que l’héritage de Maodo dépasse le cadre d’une époque ou d’un lieu : il constitue un patrimoine spirituel universel, offert à tous ceux qui cherchent à joindre la rigueur du savoir à la profondeur de la foi.
Que ce livre, tel une humble lampe portée à la main d’un témoin ébloui, éclaire à son tour le chemin du lecteur.
Tivaouane, le 8 août 2025
La qualité indiscutable de Maodo:L’humilité.
DIARAMA Mame MAODO Malick Sy iao mignou deff ayy nitt