Le processus de comptage de la population a officiellement démarré en Inde. Retardée depuis 2021 en raison de la pandémie de Covid-19, cette opération titanesque mobilise des moyens financiers et humains inédits pour actualiser les données démographiques et socio-économiques du pays le plus peuplé au monde.
Selon les informations d’Al Jazeera, l’exercice, budgétisé à 1,24 milliard de dollars, implique plus de trois millions d’agents de l’État. Ces derniers parcourront les 28 États et huit territoires de l’Union, couvrant plus de 640 000 villages, pour interroger environ 1,4 milliard d’habitants. Pour la première fois depuis l’indépendance, la collecte s’effectuera de manière numérique via des applications mobiles. Les citoyens disposeront également d’une option d’auto-recensement sur un portail en ligne dédié.
La particularité de cette édition réside dans sa deuxième phase, programmée pour février de l’année prochaine. Elle intégrera le recensement détaillé des castes (jati), une pratique qui n’avait plus été menée à l’échelle nationale depuis 1931. Le gouvernement du Premier ministre Narendra Modi s’était historiquement opposé à cette collecte spécifique, arguant qu’elle risquait de cristalliser les divisions sociales. L’exécutif a finalement validé cette intégration en mai dernier, sous la pression de plusieurs groupes sociaux et chercheurs estimant que ces données sont indispensables pour évaluer la répartition des richesses et cibler les politiques publiques.
Les statistiques issues de ce recensement auront des répercussions institutionnelles directes. Dipa Sinha, économiste interrogée par Al Jazeera, rappelle que ces chiffres serviront de base au redécoupage des circonscriptions électorales. Cette perspective génère des tensions politiques : les responsables du sud de l’Inde, où la croissance démographique a ralenti, redoutent de perdre en influence parlementaire au profit des États du Nord, nettement plus peuplés. Ces données conditionneront également l’application d’une loi récente prévoyant de réserver un tiers des sièges du Parlement aux femmes.
L’opération se déroule dans un contexte législatif modifié par l’adoption de la loi sur l’amendement de la citoyenneté (CAA) et le projet gouvernemental de registre national des citoyens (NRC). Des chercheurs et des organisations de défense des droits soulignent que ce croisement de données suscite la méfiance d’une partie de la population, notamment au sein de la minorité musulmane qui représente 14 % des habitants, face à d’éventuelles vérifications de citoyenneté. La clôture définitive de ce recensement national est fixée au 31 mars de l’année prochaine.