Depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi, la Libye est identifiée comme un carrefour migratoire complexe pour les ressortissants d’Afrique subsaharienne, du Moyen-Orient et d’Asie du Sud. Un rapport publié ce mardi par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme change toutefois la lecture de cette crise : il ne s’agit plus seulement d’instabilité sécuritaire, mais d’une organisation méthodique. Le document décrit un système où la violence est devenue une industrie structurée.
Intitulé « Business as Usual », le rapport détaille comment la mobilité humaine a été transformée en « chaîne d’approvisionnement ». Selon les éléments relayés par Al Jazeera, basés sur des entretiens menés avec une centaine de migrants entre janvier 2024 et novembre 2025, les exilés sont systématiquement enlevés et emprisonnés. L’objectif n’est pas le contrôle administratif des flux, mais la rentabilité immédiate : la détention prolongée sert de levier unique pour extorquer des rançons aux familles restées au pays ou en diaspora.
La logique décrite est strictement financière. Le rapport indique que « la survie dépend du paiement ». Les captifs subissent tortures et traitements inhumains pour accélérer les versements. Pour ceux qui ne disposent pas de fonds, l’issue est décrite froidement par les enquêteurs onusiens : ils sont « passés à d’autres, vendus ou effacés ». Ce système de revenus repose sur l’exploitation totale de l’individu, transformant la détention en flux de trésorerie.
Les témoignages recueillis illustrent la brutalité de cette mécanique. Une ressortissante érythréenne, détenue six semaines dans une maison de trafic à Tobrouk (est de la Libye), décrit un « voyage en enfer » marqué par des viols quotidiens, touchant des filles dès l’âge de 14 ans. Une autre victime, identifiée sous le nom de Gloria et originaire du Nigeria, rapporte avoir été mariée de force à 15 ans avant d’être contrainte à la prostitution. « Les gens viennent là pour acheter des êtres humains », précise-t-elle.
Suki Nagra, représentante de l’ONU pour la Libye, dénonce une situation « désastreuse » et une montée des discours racistes et xénophobes. Le document pointe également une contradiction majeure dans la gestion internationale du dossier : alors que l’Union européenne finance et forme les garde-côtes libyens pour les interceptions en mer, l’ONU affirme que la Libye ne peut être considérée comme un « lieu sûr » pour le débarquement. L’organisation appelle par conséquent à l’arrêt immédiat des retours forcés vers ce territoire tant que des garanties juridiques ne sont pas établies.
Gasol