Lettre ouverte de Sokhna Maï Mbacké : Marie Khone Faye et Absa Faye interpellées !

Mesdames les Premières Dames,

Chaque matin, lorsque je dépose mes enfants à l’école, mon cœur saigne de voir, sur mon chemin, d’autres enfants m’interpeller du regard, de la main, de la faim et de la détresse.
Pendant que nos enfants entrent en classe, eux errent déjà dans les rues ; pendant qu’ils portent leur cartable, eux portent le poids de l’abandon ; et pendant qu’ils grandissent sous la protection d’un foyer, eux apprennent la rudesse du dehors, l’humiliation et l’exposition brutale aux dangers.

C’est votre cœur de mères que j’interpelle. Car aujourd’hui, au-delà de vos familles et au-delà de vos statuts, vous êtes aussi, symboliquement, les mères de tous ces enfants qui n’ont pas la grâce d’être accompagnés le matin, ni le bonheur de regagner le soir un foyer protecteur.

C’est au nom de cette maternité élargie et de cette responsabilité humaine et morale que j’en appelle également à la Fondation Sénégal Solidarité, afin qu’elle fasse de la cause de ces enfants sa cause première et sa priorité morale.

Il ne s’agit pas ici de nier indistinctement certains héritages éducatifs ou certaines pratiques anciennes qui, dans d’autres contextes, ont pu avoir un sens social, moral ou spirituel. Mais le monde a changé, et les gens avec !

Nous vivons dans un environnement traversé par des violences multiples, des abus, des prédations, des réseaux d’exploitation et des insécurités profondes. Dans un tel contexte, laisser des enfants à eux-mêmes, dans la rue, dans la mendicité, dans l’errance ou dans le sommeil à même le sol, n’est pas une rigueur éducative, mais un abandon insupportable.

Et je le dis avec fermeté :
LA MENDICITÉ DES ENFANTS N’A RIEN À VOIR AVEC L’ISLAM, BIEN AU CONTRAIRE !

On ne peut pas s’abriter derrière le religieux pour justifier des pratiques qui exposent l’enfant à la faim, à l’humiliation, à la violence ou à l’exploitation.

Tous les daaras ne sont pas concernés, et il faut avoir l’honnêteté de reconnaître qu’il existe des cadres respectables, sérieux et dignes. Mais il existe aussi des dérives graves, des systèmes bâtis sur la souffrance de l’enfant, dans lesquels des cotisations journalières leur sont imposées, avec pour sanction les coups, les humiliations ou d’autres formes de brutalité.

Placés sous la peur permanente, ces enfants peuvent être poussés à des actes de survie, y compris le vol, non par nature, mais par contrainte et par terreur.

Et au-delà des faux daaras — ces lieux qui usurpent le nom du daara sans en porter ni l’éthique ni la mission — il existe une autre réalité encore plus grave : celle de nourrissons et de très jeunes enfants exposés dans les rues, aux carrefours, sur les axes routiers, parfois jusque sur les autoroutes, utilisés comme ressort de compassion et comme « monnaie d’échange émotionnelle », dans de véritables business du “Yalwane.

Combien de femmes portent des bébés, les allaitent à même la rue ou les gardent des heures sur leurs genoux dans la chaleur, le bruit et le danger, faisant de la présence de l’enfant un levier pour susciter l’aumône ?

Là encore, il faut nommer les choses : lorsqu’un enfant devient un support de mendicité ou un instrument de survie, nous ne sommes plus seulement face à la précarité, mais à une exploitation intolérable de l’enfance.

Une enfance exposée à des risques d’enlèvement, de séquestration, de traite et de trafic, et surtout à des violences sexuelles, psychologiques et morales dont les séquelles restent gravées à jamais.

Je me permets, avec humilité, mes chères sœurs, de vous proposer la création des FOYERS NATIONAUX DU SÉNÉGAL :
une structure de réinsertion et de relèvement pour ces enfants livrés à la rue, à l’abandon ou aux dérives de systèmes qui ne les protègent plus.

Les Foyers nationaux du Sénégal pourraient devenir pour eux un véritable foyer de la deuxième chance, un daara de la deuxième chance, une école de la deuxième chance.

Un lieu où l’ENFANCE pourrait reprendre souffle et où l’ENFANT pourrait être rééduqué, rescolarisé et réorienté, afin de rattraper ce que la vie lui a trop tôt arraché.

Un lieu où il ne serait plus défini par la rue, mais par ce qu’il peut encore devenir :
UN CITOYEN MODÈLE AU SERVICE DE SA NATION.

Mesdames les Premières Dames, faites de cette cause votre cause première. Car si certains enfants n’ont pas eu la chance de connaître la protection élémentaire d’un foyer, alors il vous appartient, en votre qualité de mères symboliques de la nation, de leur ouvrir celui que le destin leur a refusé :
UN FOYER.

Sokhna Maï Mbacké Djamil

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3 commentaires

  1. Il y’a autant d’enfants dans la rue que dans les foyers ce que le toubab respecte le plus la femme l’enfant et les animaux, c’est ce que le Sénégalais méprise le plus

  2. MACHALLLAH SOKHNA MAÎ, VOUS AVEZ VRAIMENT TOUT DIT ET BIEN DIT.
    POURRAIS JE AVOIR VOS CONTACTS ?

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