Un scandale majeur ébranle l’histoire de la lutte pour les droits civiques et syndicaux aux États-Unis. Plusieurs décennies après les faits, des témoignages émergent pour dénoncer les abus commis par l’une des figures les plus respectées du pays, entraînant des répercussions immédiates au sein des organisations syndicales et de la classe politique américaine.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, Dolores Huerta, icône des droits civiques âgée de près de 96 ans, a publiquement accusé le leader syndical Cesar Chavez de violences sexuelles. Dans une déclaration publiée mercredi, elle explique avoir pris la parole à la suite d’une enquête du New York Times. Cette dernière a révélé que des enfants, parfois âgés de seulement 12 ans, avaient subi des abus de la part de Chavez, décédé en 1993.
Cesar Chavez et Dolores Huerta avaient cofondé la National Farm Workers Association, se rendant célèbres dans les années 1960 par leurs méthodes de protestation non violentes pour défendre les travailleurs agricoles immigrés. Leurs campagnes ont profondément marqué la société américaine, popularisant notamment le slogan hispanique « Si, se puede » (Yes, we can), repris plus tard lors de la campagne présidentielle de Barack Obama.
Dans son témoignage, Dolores Huerta précise avoir été manipulée et soumise à des pressions lors de leur premier rapport, avant d’être violée par Chavez dans un champ de vignes isolé lors d’un second incident. Ces deux agressions ont entraîné des grossesses gardées secrètes, les enfants ayant été confiés à d’autres familles pour y être élevés.
D’autres femmes ont documenté des comportements similaires. Ana Murguia a déclaré avoir subi des tentatives d’abus à l’âge de 13 ans dans le bureau verrouillé de Chavez, un traumatisme qui l’a poussée à une tentative de suicide. Debra Rojas a témoigné avoir subi des attouchements dès ses 12 ans, puis avoir été violée à 15 ans dans un motel de Californie. Esmeralda Lopez, âgée de 19 ans à l’époque, a raconté avoir repoussé ses avances alors qu’il tentait d’utiliser son influence en échange de faveurs sexuelles.
Le silence de ces victimes s’expliquait par la crainte de détruire le mouvement syndical naissant. « J’ai porté ce secret pendant tout ce temps parce que la construction du mouvement et la garantie des droits des travailleurs agricoles étaient l’œuvre de ma vie », a justifié Dolores Huerta, soulignant qu’elle refusait de laisser ces actes entraver la défense de millions de travailleurs vulnérables.
Les conséquences de ces publications sont en cours. Le syndicat United Farm Workers a annoncé qu’il ne participerait à aucun événement prévu pour le « Cesar Chavez Day », une journée de commémoration fédérale. L’organisation a également annoncé la création d’un canal confidentiel et indépendant pour recueillir d’éventuels autres signalements.
Sur le plan politique, des législateurs américains de divers horizons, allant du gouverneur républicain du Texas Greg Abbott au représentant démocrate du Nouveau-Mexique Ben Ray Lujan, exigent désormais que le nom de Cesar Chavez soit retiré des bâtiments publics, des routes et des monuments commémoratifs à travers le pays.