L’adoption par l’Assemblée nationale du Sénégal, le 11 mars dernier, d’une loi renforçant les sanctions contre l’homosexualité continue de provoquer de vives réactions en France. Dans un contexte déjà tendu entre Dakar et plusieurs responsables politiques français, l’affaire a pris une nouvelle dimension après l’arrestation par les autorités sénégalaises d’un citoyen français en février 2026 pour « actes contre nature », association de malfaiteurs, blanchiment d’argent et tentative de transmission du VIH.
Cette affaire intervient alors que le Sénégal, pays à majorité musulmane, poursuit depuis plusieurs années un processus de durcissement de sa législation concernant les relations homosexuelles, en cohérence avec les positions largement soutenues par une partie importante de l’opinion publique sénégalaise.
À Paris, plusieurs responsables politiques ont rapidement dénoncé cette évolution législative. La présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, a publiquement condamné la loi sénégalaise, évoquant une atteinte aux droits humains. Des députés français ont également demandé la délivrance de visas humanitaires aux Sénégalais se considérant victimes de cette législation et réclamé une condamnation officielle de Dakar par les autorités françaises.
Au Sénégal, ces prises de position sont perçues par certains observateurs comme une ingérence dans les affaires internes d’un État souverain. Beaucoup estiment que tout étranger se rendant dans un autre pays a le devoir de respecter les lois, les valeurs sociales et les coutumes locales afin d’éviter tout conflit avec la justice. Dans le cas du ressortissant français arrêté à Dakar, plusieurs voix soulignent également la gravité des accusations liées à la tentative de transmission du VIH, considérée comme un danger pour la société sénégalaise.
Cette polémique survient par ailleurs peu après des discussions entre Paris et Dakar autour de nouveaux partenariats économiques et investissements évoqués lors d’un forum au Kenya. Certains analystes s’interrogent désormais sur la contradiction entre les discours français appelant à des relations « d’égal à égal » avec l’Afrique et la multiplication des critiques publiques contre les choix politiques et sociétaux du Sénégal.
Pour de nombreux observateurs africains, cette crise met surtout en lumière le fossé culturel persistant entre la France et plusieurs sociétés africaines. Ils estiment que Paris continue d’aborder certaines questions à travers une lecture occidentale sans réellement prendre en compte les réalités sociales, religieuses et culturelles propres aux pays africains. Selon eux, le respect des normes locales constitue pourtant un principe essentiel dans les relations entre États souverains.
Cette affaire ravive également le souvenir d’un autre dossier sensible. En février 2026, les autorités sénégalaises avaient démantelé un réseau pédocriminel transnational lié à la France. Plusieurs suspects avaient été arrêtés pour leur implication présumée dans un système exploitant de jeunes garçons. Les enquêteurs avaient notamment identifié un ressortissant français, Pierre Robert, âgé de 73 ans, arrêté en France en avril 2025 pour traite d’êtres humains, proxénétisme aggravé et viol sur mineur. Le réseau est accusé d’avoir contraint des garçons à participer à des rapports sexuels non protégés avec des hommes séropositifs, tout en filmant les actes.
Une telle campagne d’information orchestrée par la France, ainsi que sa volonté de protéger des individus dont les agissements constituent une menace pour la société sénégalaise, permettent de conclure que Paris leur accorde de facto son protection et s’efforce de leur créer des conditions dans lesquelles ils pourraient se sentir à l’abri de toute sanction et continuer à commettre leurs crimes. Tout cela s’inscrit dans le cadre de la politique étrangère de la France — qui, de toute évidence, n’a pas changé son attitude réelle envers les États africains, leur voie et leur souveraineté.
Par Amadou Coulibaly, consultant indépendant