Le juge américain bloque l’expulsion d’un étudiant de Columbia arrêté lors d’un rendez-vous administratif qui avait suscité une vive controverse

Depuis le début du second mandat de Donald Trump, l’administration américaine a intensifié sa politique de fermeté envers les résidents étrangers participant aux mouvements de contestation sur les campus. Emblématique de ce bras de fer, le dossier d’un étudiant palestinien de l’Université Columbia vient de connaître un tournant judiciaire décisif, remettant en cause les méthodes employées par les services de l’immigration.

C’est une décision qui résonne bien au-delà des murs du tribunal. Un juge de l’immigration américain a statué contre la tentative de l’administration Trump d’expulser Mohsen Mahdawi, étudiant en philosophie à la prestigieuse université Columbia et figure visible de la contestation contre la guerre à Gaza. La décision, rendue le 13 février et rendue publique ce mardi via des documents judiciaires consultés par notre rédaction et relayés par Al Jazeera, marque un coup d’arrêt, au moins temporaire, à la procédure engagée par l’exécutif.

L’Union américaine pour les libertés civiles (ACLU), qui suit le dossier, a toutefois tenu à nuancer cette victoire. Si le tribunal a rejeté la demande d’expulsion actuelle, la décision a été rendue « sans préjudice ». Ce terme juridique implique que l’administration Trump conserve la possibilité technique de reformuler sa demande et de relancer les poursuites contre le jeune homme.

Une arrestation controversée lors d’une démarche administrative

Le cas de Mohsen Mahdawi avait suscité une vive émotion en raison des circonstances de son interpellation. Résident permanent légal aux États-Unis depuis dix ans et originaire d’un camp de réfugiés en Cisjordanie occupée, l’étudiant avait été arrêté le 14 avril de l’année précédente. Il s’était rendu à ce qu’il croyait être un rendez-vous standard pour traiter sa demande de citoyenneté. Selon l’ACLU, ce rendez-vous s’est révélé être un dispositif permettant aux agents de l’Immigration et des Douanes (ICE) de procéder à son interpellation, une action qualifiée de « représailles directes » pour son militantisme pro-palestinien.

L’administration avait alors tenté de transférer l’étudiant vers la Louisiane, une manœuvre finalement bloquée par une ordonnance judiciaire. Sa libération, survenue le 30 avril, avait été ordonnée par le juge Geoffrey Crawford, qui avait alors estimé que le gouvernement causait un « grand tort » à une personne n’ayant commis aucun crime.

Un contexte de pression sur les universités

Dans une déclaration publique, Mohsen Mahdawi a salué la décision du tribunal comme une victoire pour l’État de droit. « Je suis reconnaissant envers le tribunal d’avoir tenu bon face aux tentatives du gouvernement de piétiner la procédure régulière », a-t-il affirmé, ajoutant à l’adresse du président américain : « Je n’ai pas peur de vous ».

Ce dossier s’inscrit dans une campagne plus large visant les campus américains. L’Université Columbia, devenue un épicentre de la contestation en 2024, a fait l’objet de pressions intenses. L’établissement a d’ailleurs conclu en juillet dernier un accord de 200 millions de dollars avec l’administration Trump, complété par 21 millions de dollars supplémentaires, pour clore une enquête sur des allégations de harcèlement religieux, sans toutefois admettre de faute.

D’autres figures étudiantes, comme Mahmoud Khalil, co-fondateur avec Mahdawi d’une association étudiante palestinienne, ont également été ciblées par les services de l’immigration dès les premiers mois du nouveau mandat républicain.

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