Le projet de reconstruction de la ville de Rafah, soutenu par l’administration américaine, peine à se concrétiser sur le terrain. Pendant que les initiatives civiles patinent, la configuration militaire de l’enclave palestinienne subit de profondes transformations encadrées par de nouvelles restrictions d’observation.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, l’analyse des images spatiales issues de Planet Labs et Sentinel Hub met en évidence une expansion rapide des fortifications militaires israéliennes, particulièrement à Rafah. L’évacuation des décombres a été globalement interrompue dans le nord à Beit Hanoun ainsi que dans le sud. Les forces israéliennes procèdent à des travaux de nivellement à Shujayea et aménagent de nouvelles routes reliant des sites militaires établis à des zones fraîchement dégagées, comme à Juhor ad-Dik. Une investigation menée fin 2025 par Forensic Architecture identifie 48 bases militaires israéliennes à Gaza, dont 13 érigées après le cessez-le-feu d’octobre.
La surveillance de ces développements se heurte à de nouvelles barrières. La société Planet Labs a annoncé une suspension d’une durée indéfinie concernant la diffusion d’images des zones de conflit, à la suite d’une demande formelle du gouvernement américain. D’autres fournisseurs, tels que Vantor, appliquent des limitations similaires bridant le travail des médias et des ONG. Sur le terrain, l’armée israélienne a secrètement déplacé des repères frontaliers en béton de plusieurs centaines de mètres à l’intérieur des terres initialement désignées pour l’habitation palestinienne.
En parallèle, le plan de reconstruction présenté en janvier lors du Forum économique mondial de Davos par Jared Kushner, gendre du président Donald Trump, est sous le feu des critiques. Ce projet de 10 milliards de dollars, envisageant un complexe urbain doté de gratte-ciel baptisé « New Rafah », est décrit par l’organisation Euro-Med Human Rights Monitor comme un processus de refonte démographique. Ce modèle confinerait les populations dans des secteurs fermés, avec un accès aux services conditionné par des contrôles de sécurité israélo-américains. Des entités humanitaires, incluant Oxfam et Save the Children, ont attribué une note d’échec à cette initiative en ce mois d’avril.
La violence perdure dans la zone, Al Jazeera comptabilisant des attaques lors de 160 des 182 jours ayant suivi l’instauration du cessez-le-feu. Le ministère local de la Santé rapporte plus de 750 décès depuis cette trêve, élevant le bilan global à plus de 72 300 morts depuis le début du conflit en octobre 2023.
