Présentée comme une avancée humanitaire majeure à Gaza, la réouverture du point de passage de Rafah se résume à une statistique dérisoire

Alors que les titres internationaux annonçaient lundi la réouverture tant attendue du point de passage de Rafah entre la bande de Gaza et l’Égypte, la réalité opérationnelle sur le terrain décrit une situation bien différente. Loin des flux espérés pour soulager le système de santé de l’enclave, le dispositif mis en place par les autorités israéliennes a restreint les sorties à un niveau quasi symbolique, contredisant les espoirs suscités par les annonces diplomatiques.

Le décalage est flagrant entre la communication officielle entourant la deuxième phase de l’accord de cessez-le-feu et l’application stricte des contrôles frontaliers. Si le principe d’une reprise des évacuations médicales a été acté, la mise en œuvre de ce lundi s’est soldée par un bilan chiffré qui interroge sur la volonté réelle de fluidifier les passages.

Selon les données rapportées par notre source principale, Al Jazeera, seuls cinq patients ont été autorisés par Israël à quitter l’enclave côtière lors de cette première journée. Chaque patient étant accompagné de deux proches conformément aux ordres israéliens, le groupe total n’a compté que 15 personnes. Ce chiffre infime contraste avec les plans initiaux coordonnés avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui prévoyaient le départ quotidien de 50 patients.

Un processus de sélection drastique

Le directeur du complexe médical al-Shifa de Gaza, Mohammad Abu Salmiya, a confirmé que ce groupe restreint fut le seul à franchir la frontière lundi. Cette limitation intervient alors que les besoins humanitaires sont immenses : Ismail al-Thawabta, directeur du bureau des médias du gouvernement à Gaza, rappelle que près de 22 000 personnes nécessitent une évacuation urgente pour des soins à l’étranger. À l’inverse, environ 80 000 Palestiniens ayant quitté le territoire durant le conflit espèrent pouvoir y retourner.

Le mécanisme de sortie reste soumis à un verrouillage sécuritaire complexe. Les listes de candidats au départ sont préparées quotidiennement par les autorités sanitaires palestiniennes, mais doivent être transmises à la partie israélienne pour une approbation préalable. Personne ne franchit le seuil de Rafah sans cet aval explicite. La mission d’assistance frontalière de l’Union européenne, déployée sur place, se cantonne pour l’heure à un rôle de surveillance et de vérification des identités, sans pouvoir décisionnel sur les flux.

Des parcours médicaux en suspens

Parmi les rares élus de ce lundi figure Mohammed Abu Mostafa, 17 ans, blessé à l’œil il y a un an et demi lors d’une frappe aérienne à Khan Younis. Sa mère, Randa, a confié à Al Jazeera avoir été informée le matin même de leur inclusion sur la liste, avec l’instruction de se rendre immédiatement à l’hôpital du Croissant-Rouge. Si elle exprime son soulagement de voir son fils accéder à des soins pour sauver sa vue, elle témoigne également de la douleur d’avoir dû laisser quatre de ses six enfants à Gaza, la règle ne permettant qu’un nombre limité d’accompagnateurs.

D’autres, comme Ibrahim Abu Thuraya, amputé de la main gauche et blessé à l’œil, attendaient cette opportunité depuis deux ans. « Je souffre énormément depuis ma blessure, et il n’y a pas de capacités médicales à Gaza pour traiter les éclats d’obus logés derrière mon œil », a-t-il expliqué avant son passage. Pour les milliers d’autres patients restés dans la cour de l’hôpital ou chez eux, l’attente se prolonge, tributaire d’un processus que Raed al-Nims, du Croissant-Rouge palestinien, décrit comme toujours en attente de mises à jour pour les prochains transferts.

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