Images satellites à l’appui : L’ampleur des travaux menés par l’armée israélienne à Beit Hanoon contredit la trêve en vigueur

Alors que le cessez-le-feu est officiellement en vigueur depuis octobre, la situation sur le terrain dans le nord de la bande de Gaza présente une réalité bien différente. Une analyse approfondie de la topographie de Beit Hanoon révèle que le silence des armes a laissé place au bruit des moteurs d’engins de chantier, transformant radicalement le paysage urbain et agricole de cette zone frontalière.

L’unité d’investigation numérique Sanad d’Al Jazeera a comparé des images satellites prises entre le 8 octobre — deux jours avant le début de la trêve — et le 8 janvier. Les clichés mettent en évidence une opération systématique de nivellement menée par l’armée israélienne. Là où se dressaient encore des bâtiments endommagés par deux années de guerre, il ne reste aujourd’hui qu’une étendue de terre brune et aplatie.

Selon les données recueillies, les bulldozers israéliens ont nettoyé environ 408 000 mètres carrés de terrain. Cette surface comprend les vestiges d’au moins 329 habitations ainsi que de nombreuses zones agricoles. Ces opérations de déblaiement ont débuté à la périphérie immédiate de Beit Hanoon, face à la barrière de séparation, à seulement deux kilomètres de la ville israélienne de Sderot.

Cette transformation physique du territoire alimente les craintes palestiniennes concernant l’établissement potentiel de colonies, une ambition ouvertement affichée par l’extrême droite israélienne. En décembre dernier, des ministres et parlementaires israéliens, en visite à Sderot, ont désigné Beit Hanoon et Beit Lahiya comme des zones d’installation futures pour « plus de 800 familles juives ».

Au-delà des déclarations politiques, des projets militaires concrets semblent se dessiner. Le ministre de la Défense, Israel Katz, a présenté lors d’une conférence le 23 décembre un plan visant à établir des bases « Nava Nahal ». Ces structures hybrides, combinant avant-postes militaires et exploitations agricoles, ont pour vocation de consolider le contrôle territorial dans le nord de Gaza. Katz a par ailleurs affirmé qu’Israël « ne se retirerait jamais » de l’enclave, qualifiant ces futures bases de remplaçantes aux colonies évacuées lors du retrait unilatéral de 2005.

Un officier israélien a confirmé cette logique de périmètre de sécurité, expliquant que la campagne vise à rendre difficile tout retour des infrastructures adverses. Pour Francesca Albanese, Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les territoires palestiniens occupés interrogée par Al Jazeera, l’objectif est sans équivoque : détruire Gaza et déplacer sa population pour permettre une réoccupation des terres.

Ces manœuvres s’inscrivent dans un contexte où les Nations Unies estiment que 81 % des structures de Gaza ont été endommagées ou détruites. Parallèlement, le respect du cessez-le-feu reste précaire, avec au moins 1 300 violations recensées depuis son instauration, incluant des tirs contre des civils et des bombardements sporadiques.

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