La démocratie suffoque : prise d’otage des opinions et libertés

La démocratie suffoque : prise d’otage des opinions et libertés

Depuis l’alternance de 2000 le Sénégal se glorifie d’être une démocratie vivante où l’expression populaire et individuelle, les libertés civiles et politiques respirent en pleine forme et rayonnent de beauté. Cette maturité démocratique résultant de l’expression libre des opinions d’un peuple libre et mâture a engendré cette seconde et belle alternance politique de 2012 avec l’accession du Président Sall à la magistrature suprême du pays et la sortie honorable et par le portail de l’histoire du Président Wade.
Le fils succéda alors le père dans les chantiers de la République. A t-il le droit de faire moins que son père spirituel ? Je dirais NON car les Sénégalais ont sanctionné le Président Wade pour à la fois mauvaise ou insuffisante gestion publique et sa conduite morale, ainsi que celle de son gouvernement. De l’arrogance et mépris envers le peuple, à la dilapidation de l’argent du contribuable en passant par cette tentative antidémocratique de briguer un 3em mandat, sans oublier la situation précaire du sénégalais qui peine à joindre les deux bouts allant jusqu’à pousser la jeunesse à entreprendre le chemin suicidaire du voyage maritime, le peuple sénégalais avait mille et une raisons de sanctionner la politique du Président Wade.

Cependant,12 ans après avoir élu celui qu’il pensait être leur messie,la clé de voûte de leurs soucis,ce même peuple semble être désenchanté et victime de son choix.
Les promesses électorales qui présageaient un quotidien où il mangerait à sa faim,se soignerait à moindre coût,voyagerait avec moins de risques et d’anxiété, s’exprimerait sans la peur d’être traqué, étudierait dans les meilleures conditions s’effondrent comme un château de cartes et n’étaient qu’illusion.
A l’image du mythe de Sisyphe,les luttes pour une démocratie qui bât aux rythmes de la libre expression de l’opinion,de l’exercice sans restriction des libertés,d’une exigence de transparence dans le maniement des finances publiques reviennent incessamment pour réprimer toutes formes de dictature,de terreur et de mépris.

Ne pas manger à sa faim,ne pas se soigner dignement,ne pouvoir voyager sans y laisser la vie,n’avoir aucune idée de comment sont dépensés ses deniers publics et devoir n’avoir aucune opinion ou droit de regard sur toute cette politique qui interpelle son quotidien encore moins exercer ses libertés civiles et politiques constituent le système parfait d’une gouvernance totalitaire où le citoyen n’a aucun droit à se faire prévaloir.Il devra alors enterrer ses opinions ou les adapter aux humeurs du Prince, oublier ses libertés,ne poser aucune interrogation allant dans le sens de fouiner dans la gestion du roi,se garder en tant que journaliste d’informer l’opinion ou d’enquêter sur quoique ce soit d’inconfortable,pouvant ternir l’image et la réputation du royaume.Dans ce système où l’on gouverne avec une main de fer,on ne rit pas de tout, même par des emoji, personne n’a le droit de faire du social de peur d’être arrêté pour blanchiment d’argent, d’appartenance à des forces spéciales ou obscures.Le seul exploit que peut se vanter ce système digne de Machiavel c’est ce nombre incalculable de mandats de dépôt,de gardes à vue, d’emprisonnements de ses sujets pour les infractions les plus ridicules et les plus légères.Ce système pourrait également se glorifier de cette bibliothèque pleine de rapports d’enquête incriminant des ministres et DG pour des faits de détournement supposés de deniers publics et qui ne connaissent jamais aucune suite judiciaire.
Dans ce système à la pensée unique,ceux qui tentent de prendre le fauteuil du roi sont toujours voués à une peine de mort politique,ils seront envoyés à l’échafaud par quelque manière que ce soit.S’il était parti pour faire deux mandats comme le lui indique la constitution,et comme il l’a crié sous tous les toîts,le Prince préfère maintenir le doute tout en travaillant pour une sélection minutieuse de ses adversaires.La grande question que l’on se pose aussi risquée qu’elle puisse être dans ce royaume c’est comment mettre fin à la royauté et instaurer une véritable République où le citoyen aurait la plénitude de son droit à l’expression et de ses libertés, où il aura droit à des comptes venant de ceux à qui il a confié ses deniers publics, où il pourrait exprimer ses vœux de devenir Président sans avoir peur d’être persécuté,ou emprisonné,une république où la justice traitera tous les sujets au même pieds d’égalité peu importe leur statut social.
Bref, comment mettre fin aux règnes des présidents qui se croient roi et qui asservissent leur peuple? Comment faire comprendre à ces demi-dieux déclarés qu’il y a toujours une vie honorable après le pouvoir,que seul le pouvoir de Dieu est éternel ?

Alors n’est-il pas mieux de sortir par la grande porte de l’histoire que d’être honteusement éjecté par la fenêtre de la postérité ?

Modou Aissa Seye

1 COMMENTAIRE
  • hanepapaibrahima@gmail.com

    La démocratie va forcément suffoquer car elle n’est pas le propre de médiocres qui la confondent d’avec l’anarchie.

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