Le Sénégal doit-il s’attendre à des retombées économiques importantes de l’organisation des Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 ? Si l’événement constitue une vitrine internationale pour le pays et devrait profiter à plusieurs secteurs d’activité, ses effets sur la croissance économique pourraient rester modestes. C’est l’analyse du professeur agrégé en sciences économiques et enseignant-chercheur à l’UCAD, Thierno Thioune.
À quelques heures de l’ouverture des JOJ, l’économiste invite à dépasser la seule dimension sportive de l’événement pour s’interroger sur son coût, son financement et surtout son héritage. « Combien cela coûte ? Qui va payer ? Et que restera-t-il après le 13 novembre, date de clôture de ces JOJ ? », questionne-t-il.
Selon Thierno Thioune, les retombées économiques immédiates sont réelles, notamment dans l’hôtellerie, la restauration, le transport, l’artisanat et les services. Dakar, Diamniadio et Saly devraient particulièrement bénéficier de l’afflux des athlètes, des délégations et des visiteurs.
Il souligne également la mobilisation d’environ 6 000 volontaires et la création de milliers d’emplois. Autre élément positif relevé par l’universitaire, plus de 70 % des marchés auraient été attribués à des entreprises sénégalaises, selon les chiffres communiqués par le comité d’organisation. Une orientation qui permettrait de limiter les sorties de devises et de maintenir une partie des dépenses dans l’économie nationale.
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Toutefois, l’économiste relativise les perspectives de croissance. « Les Jeux de la jeunesse durent deux semaines. Les prix des billets sont très bas, entre 1 000 et 40 000 francs CFA. Donc, ce n’est pas un événement pour apporter de l’argent. L’effet sur la croissance sera modeste et très limité », prévient-il vendredi sur Sud Fm.
Des investissements importants, mais une dette à rentabiliser
Au-delà des retombées immédiates, Thierno Thioune l’attention sur le volume des investissements consentis pour accueillir la compétition. Il évoque notamment un financement de l’Agence française de développement (AFD) d’environ 80 millions d’euros, soit près de 52 milliards de FCFA, destiné à la réhabilitation des infrastructures sportives. L’État du Sénégal aurait, de son côté, apporté une contrepartie de 11 milliards de FCFA.
Il mentionne également les 91 milliards de FCFA prévus dans la loi de finances 2026 pour les programmes d’infrastructures liés aux JOJ, ainsi que les financements antérieurs du stade de Diamniadio et l’appui chinois à la rénovation d’autres équipements sportifs.
Pour l’enseignant-chercheur, ces investissements doivent répondre à trois exigences fondamentales : la soutenabilité financière, la gestion et l’entretien des infrastructures, ainsi que la transparence.
« Chaque franc qu’on emprunte pour mettre dans les stades doit être justifié par un usage durable et soutenable. Il ne suffit pas qu’il serve juste pour quinze jours », insiste-t-il.
Dans un contexte marqué par les tensions budgétaires et le poids du service de la dette, estimé à 1 190 milliards de FCFA par an dans son intervention, l’économiste estime que le Sénégal ne peut se permettre de laisser ces équipements se dégrader après la compétition.
Il pose ainsi une question centrale aux autorités : « Qui va gérer les équipements après les Jeux ? Avec quel budget d’exploitation ? Avec quel modèle de revenu qui va permettre de les louer aux académies, aux événements et autres ? »
L’héritage des JOJ, le véritable défi
Pour Thierno Thioune, la réussite économique des JOJ ne se mesurera pas uniquement à travers l’organisation de la compétition, mais surtout à la capacité du Sénégal à exploiter durablement les infrastructures réalisées ou rénovées.
Il estime que le projet de faire de Dakar une destination pour les grandes compétitions internationales peut contribuer à rentabiliser ces investissements. L’accueil de compétitions comme la CAN, de tournois internationaux ou de stages d’équipes étrangères pourrait notamment générer des revenus réguliers.
« Un stade qui est rentabilisé est un stade qui tourne. Donc, il faut des compétitions, il faut des événements », explique-t-il.
L’économiste insiste également sur la nécessité de publier, après les Jeux, un bilan financier détaillé et audité. Une démarche qui permettrait de connaître précisément les dépenses engagées et de garantir la transparence dans la gestion des ressources mobilisées.
Le tourisme parmi les premiers bénéficiaires
Interrogé sur les perspectives du secteur touristique, Thierno Thioune reconnaît que les JOJ devraient entraîner une hausse de l’activité dans les établissements hôteliers et les structures de services.
L’afflux des délégations et des visiteurs devrait favoriser les taux d’occupation des hôtels, générer des recettes fiscales et soutenir les revenus des travailleurs du secteur.
Mais là encore, il appelle à relativiser les effets de cette embellie, compte tenu de la durée limitée de la compétition.
En définitive, pour le professeur Thierno Thioune, les JOJ Dakar 2026 représentent une opportunité économique et une vitrine internationale pour le Sénégal. Mais le véritable succès dépendra de la capacité du pays à transformer ces investissements en infrastructures productives, capables de générer des revenus et des emplois bien au-delà du 13 novembre 2026.



