Dans un entretien accordé à L’Obs ce jeudi, la réalisatrice Kadia Sall est revenue, avec émotion et pudeur, sur la disparition de la comédienne Halima Gadji, figure marquante du cinéma sénégalais. Elle évoque son projet né des encouragements de Halima Gadji.
La cinéaste confie que le projet de film qu’elle mûrit aujourd’hui est intimement lié à l’actrice disparue. « Ce projet, c’est avec elle que j’en ai parlé la première », révèle-t-elle. À un moment charnière de sa vie personnelle, alors qu’elle traversait une séparation, Halima Gadji s’était montrée présente et bienveillante. « Quand elle a appris que je me suis séparée, elle est venue me prêter main-forte », raconte Kadia Sall.
C’est dans ce contexte qu’elle lui confie ses réflexions et ses écrits, nourris par une période d’introspection. « Je lui ai dit que je réfléchissais beaucoup, que j’avais beaucoup écrit, et que je pensais faire un film à partir de mes textes. » Face à ses doutes, l’actrice l’encourage sans détour : « Elle m’a dit que j’avais une mission, que je ne devais pas me taire. »
Entre les deux femmes, la relation était discrète mais profonde. « C’était une relation assez pudique que nous avions et je ne l’exposais pas », précise la réalisatrice. Elles s’appelaient pour se conseiller mutuellement, dans un respect réciproque. « Elle m’appelait grande sœur. Elle m’a donné énormément de respect », souligne-t-elle, saluant la générosité d’une femme qui partageait son histoire « avec beaucoup d’authenticité ».
Si la disparition de Halima Gadji a été un choc, Kadia Sall évoque un cheminement intérieur vers l’acceptation. « J’ai mis trois jours à accepter sa mort. Il a fallu que j’aille voir la famille et que j’aille au cimetière pour la première fois, pour guérir de son départ. »
Aujourd’hui encore, malgré l’absence, la réalisatrice puise dans la foi et dans l’héritage artistique laissé par l’actrice une forme de consolation. « Elle n’est plus là, mais nous sommes des croyants. En même temps, elle est toujours là, grâce à ses œuvres. »
À travers ce témoignage, c’est autant le deuil d’une amie que l’hommage à une icône du cinéma sénégalais qui se dessine, entre douleur intime et promesse de création.