Anish, marin indien bloqué depuis près de 10 semaines dans un port iranien, dit avoir vécu la guerre sur place sans pouvoir quitter son navire. « Nous avons affronté toute la situation ici, la guerre, les missiles », raconte-t-il, en expliquant que l’attente du salaire empêche encore plusieurs membres d’équipage de partir.
Pourquoi reste-t-il coincé ? Anish affirme que certains marins indiens ont pu rentrer chez eux en passant par la frontière terrestre de 44 km entre l’Iran et l’Arménie, mais que d’autres attendent toujours leur paie. Il met en cause à la fois des agents indiens, chargés du recrutement et des salaires, et des agents iraniens qui, dit-il, refusent de leur fournir les dollars nécessaires pour rejoindre l’Arménie. Lui-même dit survivre avec des pommes de terre, des oignons, des tomates et du pain plat, tandis qu’il entend que sur d’autres navires, la nourriture et l’eau commencent à manquer.
Que disent les autres acteurs sur cette situation ? Le blocage touche environ 20.000 marins depuis que l’Iran a, dans les faits, fermé le détroit d’Ormuz en riposte aux attaques des États-Unis et d’Israël, un point relevé dans le récit d’Al Jazeera. Malgré l’annonce d’un cessez-le-feu fragile entre Washington et Téhéran le 7 avril, le trafic maritime reste paralysé au milieu d’attaques répétées dans et autour de la voie navigable.
Quelles réactions viennent des forces en présence ? Le commandement central américain a déclaré jeudi avoir « intercepté » et « éliminé » des menaces iraniennes après qu’une attaque a visé trois destroyers lance-missiles de l’US Navy dans le détroit. L’armée iranienne a répondu avoir riposté après des frappes américaines contre un pétrolier dans ses eaux territoriales. Téhéran accuse aussi Washington d’avoir violé le cessez-le-feu par des frappes aériennes sur des zones civiles, dont l’île de Qeshm.
Comment les organisations maritimes décrivent-elles la crise ? L’Organisation maritime internationale de l’ONU parle d’une crise humanitaire « sans précédent ». Stephen Cotton, secrétaire général de l’International Transport Workers’ Federation, évoque un « état de peur renforcé » avec des forces militaires qui montent à bord de navires. Il affirme que les marins « sont simplement des travailleurs ». De son côté, Steven Jones, à l’origine du « Seafarer Happiness Index », dit que le score de bien-être déclaré par les marins a chuté d’environ 5 % pendant la guerre, plusieurs ayant signalé des drones, des missiles à basse altitude, des réserves alimentaires en baisse et des plans d’évacuation préparés à bord.
Qu’en est-il des discussions de paix et de la sortie de crise ? Donald Trump a déclaré mercredi que les responsables américains avaient eu de « très bons échanges » avec Téhéran et qu’un accord de paix était « très possible », sans qu’il soit encore clair à quel point les deux camps s’en rapprochent. Plus tôt cette semaine, il avait annoncé que les États-Unis commenceraient à guider les navires bloqués hors du détroit à partir de lundi, avant de suspendre l’opération moins de 48 heures plus tard pour privilégier les pourparlers de paix.
Qu’est-ce que cela change pour les marins toujours à bord ? Même avec une éventuelle réouverture du détroit, des experts cités dans la source estiment que le retour à la normale prendrait du temps. Il reste aussi la question d’une route de sortie sûre, alors que l’Iran aurait posé des mines marines. Anish, lui, dit ne pas avoir été payé par son agent basé à Dubaï depuis neuf mois. Son contrat doit se terminer le 20 mai, mais il ne sait pas si son entreprise lui versera enfin son salaire.