Iran : le successeur d’Ali Larijani désigné, son profil impose ce préalable aux négociations avec Washington

Quelques jours après la mort d’Ali Larijani dans une frappe aérienne, la République islamique a réorganisé le sommet de son appareil sécuritaire. Dans un contexte marqué par les affrontements militaires impliquant les États-Unis et Israël, la direction du Conseil suprême de sécurité nationale (CSSN) vient d’être confiée à une figure issue des rangs militaires, dont l’influence s’étendra jusqu’aux potentiels pourparlers diplomatiques.

Téhéran a officiellement nommé Mohammad Bagher Zolghadr pour succéder à Ali Larijani. Ce choix place un vétéran de la première génération du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI), formée après 1979, au cœur des décisions stratégiques du pays.

Secrétaire du Conseil de discernement depuis 2023, Mohammad Bagher Zolghadr a combattu lors de la guerre Iran-Irak. Il a ensuite occupé les postes de chef d’état-major interarmées du CGRI pendant huit ans, puis de commandant en chef adjoint de cette même organisation pour une durée équivalente, avant d’assumer de hautes fonctions politiques et judiciaires. Le correspondant de la chaîne Al Jazeera, Sohaib Alassa, le décrit comme un « poids lourd de la sécurité » capable de combler le vide laissé par son prédécesseur.

Cette nomination intervient alors que l’Iran fait face à une double pression. Sur le plan militaire, les frappes se poursuivent sur le territoire, ciblant non seulement de grandes villes comme Téhéran et Ispahan, mais aussi le nord-ouest du pays, notamment la province de l’Azerbaïdjan oriental, près de la frontière occidentale. Sur le plan intérieur, les autorités ont procédé à l’arrestation de centaines de personnes accusées de coopérer avec des entités étrangères. Cette démarche vise à contenir les failles de sécurité après un mouvement de contestation ayant causé la mort de milliers d’Iraniens plus tôt cette année.

Pour les franges les plus dures du pouvoir iranien, le profil strictement militaire de Mohammad Bagher Zolghadr apparaît plus adapté que celui d’Ali Larijani pour gérer l’actuelle situation de guerre. En parallèle, Téhéran maintient sa pression régionale par une vague de tirs de missiles visant à démontrer sa capacité à atteindre le territoire israélien en profondeur. Le pays poursuit également ses restrictions de navigation dans le détroit d’Ormuz, une stratégie qui affecte déjà l’économie mondiale et les cours du pétrole.

L’arrivée de ce nouveau responsable redéfinit également le cadre de toute éventuelle discussion avec les États-Unis pour mettre fin au conflit. Selon Ali Hashem, journaliste pour Al Jazeera en poste à Téhéran, cette nomination indique que les dirigeants iraniens ajoutent « des couches militaires supplémentaires à l’establishment de la sécurité nationale ». Surtout, elle instaure un nouveau verrou institutionnel : tout émissaire iranien s’asseyant à une table de négociation devra impérativement obtenir l’approbation de Mohammad Bagher Zolghadr avant qu’une décision ne puisse être adoptée.

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