Iran : à l’heure de la trêve, une décision stricte des autorités prolonge la paralysie économique du pays

À Téhéran, la pause des hostilités entre l’Iran, les États-Unis et Israël offre un répit temporaire à la population. Si la trêve permet un retour progressif au travail, les perspectives économiques restent particulièrement sombres, plombées par les destructions massives et des restrictions internes drastiques.

Dans les allées du Grand Bazar de Téhéran, cœur commercial de la capitale, les commerçants ont rouvert leurs portes en ce début de semaine. Toutefois, l’activité tourne au ralenti. Un vendeur confie à Al Jazeera que les nouveaux prix de gros affichent une hausse de 20 à 30 % par rapport à fin janvier. Les importations futures demeurent incertaines face à l’inflation galopante, une situation déjà exacerbée par les manifestations nationales du début d’année.

Au-delà des infrastructures physiques, l’économie souffre d’une paralysie numérique totale. Depuis le début du conflit le 28 février, les autorités iraniennes imposent une coupure quasi absolue d’Internet. Cette mesure anéantit les revenus de nombreuses familles qui tentent de survivre. Une professeure d’anglais, s’exprimant auprès d’Al Jazeera, explique avoir perdu ses élèves basés à l’étranger. Les plateformes locales, imposées en remplacement sur un intranet rudimentaire, restreignent l’accès aux seules adresses IP iraniennes et suscitent de vives inquiétudes quant à la sécurité des données. Au Grand Bazar, l’impact est direct : les ventes en ligne ont chuté à zéro.

Notre rédaction note que le gouvernement du président Masoud Pezeshkian a justifié le maintien de ces restrictions par des « considérations de sécurité ». Le ministre des Technologies de l’information et de la communication, Sattar Hashemi, a promis un soutien ciblé à quelques entreprises numériques, sans préciser le sort des millions de citoyens déconnectés. En parallèle, les opérateurs locaux déploient un projet d’« Internet Pro », instaurant un accès à plusieurs vitesses selon les statuts professionnels.

La situation matérielle du pays aggrave ce tableau de crise. Les frappes américaines et israéliennes ont mis hors service des usines sidérurgiques, des sites pétrochimiques, des aéroports, des ports et des installations gazières. La reconstruction prendra des années, alors que le pays subit déjà le poids d’un déficit budgétaire majeur et des sanctions internationales liées à son programme nucléaire. Washington maintient par ailleurs plus de 50 000 soldats dans la région, le président Donald Trump ayant récemment proféré de nouvelles menaces ciblant les infrastructures civiles.

Pendant que des négociations sous médiation pakistanaise se tiennent à Islamabad, les conséquences sociales s’accumulent en Iran. Les constructeurs automobiles licencient en masse, les entreprises technologiques limitent leurs contrats et les médias réduisent leurs effectifs. Un producteur de contenu de Téhéran résume la situation à Al Jazeera : contraint de vendre son matériel à perte, il décrit un quotidien où, avec ou sans guerre, la satisfaction des besoins primaires est devenue un combat permanent.

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