Le milieu de la défense des droits humains en Irak est frappé par un assassinat ciblé. Une attaque meurtrière perpétrée dans la capitale a coûté la vie à une militante de premier plan, déclenchant une onde de choc internationale et l’ouverture d’une enquête au sommet de l’État.
Yanar Mohammed, âgée de 66 ans, a été abattue au début de cette semaine par des hommes armés non identifiés circulant à moto. Les assaillants ont ouvert le feu devant son domicile situé dans le nord de Bagdad. L’Organisation pour la liberté des femmes en Irak, structure qu’elle a cofondée, a précisé dans un communiqué qu’elle a succombé à ses blessures malgré son transfert d’urgence à l’hôpital.
Depuis le début des années 2000, Yanar Mohammed consacrait sa vie à la protection des femmes confrontées aux violences basées sur le genre, aux abus domestiques, au trafic et aux crimes dits « d’honneur ». Son engagement s’est notamment matérialisé par la création de refuges clandestins ayant accueilli et mis en sécurité des centaines de femmes victimes d’exploitation.
Lors d’un entretien accordé à la chaîne Al Jazeera en 2022, la militante décrivait les efforts de son organisation pour soutenir les survivantes des violences perpétrées par le groupe État islamique (EI). Elle soulignait alors que près de 10 000 femmes avaient été victimes des attaques de l’EI, déplorant un manque de reconnaissance, de compensation et de prise en charge par la communauté internationale.
Exposée à des menaces de mort depuis plusieurs décennies en raison de ses activités, elle avait maintenu son engagement face à l’EI et aux divers groupes armés opérant dans le pays, selon l’ONG Front Line Defenders. Elle avait été récompensée en 2016 par le prix Rafto pour son travail accompli dans des conditions extrêmement difficiles.
L’assassinat a immédiatement fait réagir les autorités. Le Premier ministre irakien, Mohammed Shia al-Sudani, a ordonné l’ouverture d’une enquête pour retrouver les auteurs de l’attaque.
De leur côté, plusieurs organisations internationales ont fermement condamné cet acte. La Fondation Rafto, Human Rights Watch et Amnesty International ont dénoncé une agression brutale visant à étouffer les défenseurs des droits humains. Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International, a rendu hommage à une collègue qui a passé sa vie à défendre les droits dans l’environnement le plus dangereux, tandis que l’Organisation pour la liberté des femmes en Irak a qualifié cet acte de crime terroriste lâche et d’attaque directe contre la lutte féministe.