À l’approche des festivités du Nouvel An lunaire, synonymes de millions de déplacements à travers l’Asie, une vigilance sanitaire accrue s’installe discrètement dans plusieurs aéroports du continent. Si la situation semble localisée, la résurgence d’un pathogène connu pour sa létalité élevée dans l’est de l’Inde pousse les pays voisins à réactiver des protocoles de surveillance stricts, craignant l’importation de cas sur leurs territoires.
Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le ministère indien de la Santé a confirmé l’apparition d’un foyer de virus Nipah dans l’État du Bengale occidental. Depuis décembre 2025, deux cas ont été officiellement recensés. Un responsable sanitaire du district a précisé que les deux personnes infectées sont des membres du personnel soignant, actuellement pris en charge dans un hôpital local. Cette transmission au sein même d’une structure médicale suggère un contact avec un patient infecté non diagnostiqué, selon les analyses préliminaires.
Les autorités indiennes se veulent rassurantes sur la gestion du foyer. Le traçage des contacts a été immédiatement déployé : sur 196 personnes identifiées comme ayant été en lien avec les malades, toutes ont été testées négatives et demeurent asymptomatiques. « La situation fait l’objet d’une surveillance constante et toutes les mesures de santé publique nécessaires sont en place », a indiqué le ministère.
Malgré ce nombre de cas restreint, la réaction régionale est immédiate. La Chine, la Thaïlande, l’Indonésie, le Népal et la Malaisie ont renforcé les contrôles aux frontières. À Bangkok, des scanners thermiques ont été installés à l’aéroport Suvarnabhumi pour détecter les passagers fiévreux, et des zones de stationnement spécifiques ont été attribuées aux avions en provenance des zones touchées. En Chine, bien qu’aucun cas n’ait été enregistré, les réseaux sociaux et la télévision d’État CCTV relaient les appels à la prudence face au risque de cas importés.
Ce niveau d’alerte s’explique par la nature même du virus Nipah. Transmis de l’animal à l’homme (notamment par les chauves-souris frugivores et les porcs) ou par des aliments contaminés, il peut provoquer des encéphalites sévères. Kaja Abbas, professeur associé à la London School of Hygiene & Tropical Medicine, rappelle à Al Jazeera que le taux de létalité est particulièrement élevé, oscillant entre 40 % et 75 %. De plus, il n’existe à ce jour aucun traitement ou vaccin approuvé, bien que des essais cliniques menés par l’Université d’Oxford soient en cours au Bangladesh.
Cependant, les experts nuancent le risque d’une pandémie mondiale comparable à celle du Covid-19. Le taux de reproduction de base du virus (R0) est généralement inférieur à un, ce qui signifie qu’il se transmet difficilement d’homme à homme en dehors de contacts très rapprochés. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande toutefois le maintien de mesures d’hygiène strictes, notamment le lavage des fruits et la protection des sites de collecte de sève de palmier, vecteur fréquent de contamination.