Inde : aides financières d’un côté, foyers rasés de l’autre, la double stratégie de Modi pour verrouiller l’Assam

À l’approche des élections législatives dans l’État de l’Assam, dans le nord-est de l’Inde, le parti nationaliste hindou (BJP) du Premier ministre Narendra Modi déploie une campagne à deux visages pour s’assurer un troisième mandat consécutif. Si les discours officiels mettent en avant des programmes d’aide sociale sans précédent, la stratégie électorale s’appuie également sur une forte polarisation ciblant une partie spécifique de la population sur le terrain.

Selon les informations rapportées par Al Jazeera, le gouvernement local dirigé par le ministre en chef Himanta Biswa Sarma a procédé, quelques semaines avant le scrutin, à des transferts financiers massifs. Le programme d’aide directe baptisé Orunodoi a ainsi permis de verser 9 000 roupies à près de quatre millions de femmes. Cette distribution, qui inclut un bonus lié à un festival local, représente le plus grand décaissement de l’histoire de l’État. Des analystes économiques locaux estiment que cette aide, distribuée dans un contexte de stagnation des salaires ruraux, pourrait consolider le vote de 10 à 15 % des bénéficiaires en faveur du parti au pouvoir.

Cependant, cette politique de redistribution s’accompagne d’une rhétorique et d’actions frontales contre les musulmans de langue bengalie, qui constituent 34 % des 31 millions d’habitants de l’Assam. Des universitaires interrogés par la chaîne qatarie décrivent cette approche comme un « cocktail » mêlant aides sociales et nationalisme hindou radical (Hindutva). Le BJP justifie sa ligne dure par la nécessité de protéger l’identité hindoue et les terres gouvernementales contre ce qu’il qualifie d’immigration illégale en provenance du Bangladesh voisin, qualifiant régulièrement cette minorité d’« étrangers ».

Dans les faits, cette politique s’est traduite par de vastes campagnes d’expulsion. Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Sarma en 2021, environ 20 000 hectares de terres ont été récupérés. Une enquête indépendante révèle que plus de 22 000 structures ont été démolies et plus de 20 000 familles expulsées, majoritairement issues de la communauté musulmane bengalie. Le parti au pouvoir revendique ouvertement ces actions sur ses affiches de campagne, promettant de récupérer chaque parcelle prétendument occupée illégalement et d’appliquer un Code civil uniforme qui annulerait les lois personnelles musulmanes.

Face à ces méthodes, le Comité pour l’élimination de la discrimination raciale de l’ONU (CERD) a officiellement saisi la représentation indienne à Genève en début d’année, s’alarmant de discriminations raciales, d’expulsions forcées et de discours de haine ciblant spécifiquement cette communauté en Assam.

De son côté, la section locale du BJP a rejeté toute accusation de ciblage communautaire ou d’achat de voix électoral. Le porte-parole du parti a affirmé à Al Jazeera que les expulsions visent uniquement les occupations illégales afin de restaurer les droits fonciers des communautés autochtones, et que les aides financières s’inscrivent dans une politique de soutien de longue date aux foyers vulnérables, sans lien direct avec l’échéance électorale.

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